Les épisodes climatiques violents, particulièrement médiatisés en cette période de vacances, sont examinés de façons diverses par les experts qui devant une conjonction de facteurs complexes sont réticents à fournir des conclusions définitives. Pierre Bessemoulin, directeur de la climatologie à Météo France, n’estime pas « personnellement » que le mauvais temps des dernières semaines soit lié au réchauffement de la planète. « Ce qu’on a observé depuis le mois de juillet correspond à ce qu’on connaît depuis 3 ou 4 ans, souvenons-nous de l’année 2000, qui était bien pire ! » « Le problème vient de la perception des gens, particulièrement attentifs à la météo et exigeants en cette période de vacances », explique-t-il. « Mais si la température n’est pas chaude, elle n’est pas non plus très froide, et en tout cas loin des records », fait-il remarquer. « Nous avons eu 19,2 en moyenne sur Paris en juillet, alors que la moyenne sur 30 ans (1971-2000) a été de 19,5. Le record de fraîcheur pour un mois de juillet dans la capitale remonte à 1965 avec 16,7. » L’ensoleillement à Paris a atteint 176 heures en juillet contre 240 en moyenne : le record était de 140 heures en 1999 et 142 en 2000. « Mais c’est vrai qu’il y a eu conjonction de cette impression de temps maussade et de précipitations fréquentes en Europe », dit-il. En temps normal, explique-t-il, nous avons en Europe un vaste anticyclone qui couvre l’Atlantique et va jusqu’à la mer Noire, « or cette année la façade est de cet anticyclone a été localisée bien plus à l’ouest, sur l’Italie du Nord. Puis, on a eu la présence d’un autre anticyclone, vers Moscou, avec entre les deux des passages de dépression, sur une zone allant du nord de l’Italie jusqu’aux îles Britanniques ». Le fait qu’il y ait des explications « ne veut pas dire que nous ne sommes pas face à des phénomènes parfois exceptionnels, souligne-t-il toutefois, et par exemple ce qu’on vient de voir en Autriche n’arrive que 2 ou 3 fois par siècle ». Probable augmentation des épisodes extrêmes sur tout le XXe siècle, l’augmentation des épisodes de pluie intense est chiffrée de 2 à 4 %. C’est donc très peu, mais les prévisions fournies par les modèles laissent bel et bien attendre, d’ici à la fin du XXIe siècle, une augmentation des épisodes extrêmes, selon M. Bessemoulin. « Aux moyennes et hautes latitudes, si l’on table sur l’hypothèse d’un doublement du Co2 entre 2070 et 2100, cette progression globale en termes de quantités de pluies recueillies se traduira par une augmentation des événements violents, prévoit-il. Les précipitations augmenteront en hiver, mais diminueront en été. » À propos des perturbations climatiques en Asie, M. Bessemoulin rappelle que nous sommes en période de mousson, qui cette année est bien installée (sud-est de la Chine et est de l’Inde). Rien d’exceptionnel s’il y a des inondations en cette saison en Chine, dit-il, avant de souligner que l’ouest de l’Inde est aux prises avec la sécheresse depuis 6 ou 7 semaines. Interrogé à Genève, Kenneth Davidson, directeur mondial de la climatologie à l’Organisation météorologique mondiale (OMM), constate une « multiplication des événements extrêmes dans le monde entier, citant des tempêtes de neige en Bolivie, très rares en cette période, des feux de forêts en Chine ». « Il y a une modification générale du climat et nous assisterons de plus en plus à ce genre de phénomènes », estime-t-il. « Je crois pour ma part que l’augmentation générale des précipitations concernera à la fois l’hiver et l’été, et que nous verrons de plus en plus de vagues de chaleur, ou de froid, de sécheresse » et que le réchauffement global, induit pas les gaz à effets de serre, est « inéluctable ». Il est peu probable que les choses redeviennent « comme avant », c’est-à-dire comme il y a 50 ans, conclut-il.
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