La Cour de sûreté de l’État a condamné mercredi deux opposants syriens réclamant plus de démocratie en Syrie à des peines particulièrement sévères, allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement, qui ont été rejetées par les avocats de la défense. La condamnation de l’économiste Aref Dalila à dix ans de prison et du médecin Walid Bounni à cinq ans de prison, pour avoir tenté de « modifier la Constitution par des moyens illégaux », est « injuste » et « n’a pas de fondement légal », a indiqué un avocat de la défense, Khalil Maatouk. « Ces condamnations extrêmement injustes visent à mettre fin aux critiques contre les erreurs et les abus dans notre pays. Elles sont nulles car elles émanent d’un tribunal d’exception qui ne garantit pas les droits à la défense » et dont les jugements sont sans appel, a-t-il dit aux journalistes. L’accusation d’« atteinte à la Constitution » est passible d’une sanction minimale de cinq ans, mais « le tribunal a ses propres estimations », a expliqué un autre avocat de la défense. Il s’agit de la peine la plus sévère prononcée jusqu’ici à l’encontre d’opposants faisant partie d’une groupe de dix personnes arrêtées au cours de l’été 2001, pour la plupart membres d’organisations des droits de l’homme. Deux députés, Maamoun al-Homsi et Riad Seif, s’étaient vu infliger en mars et avril par la cour pénale de Damas cinq ans de prison chacun pour avoir « porté atteinte à la Constitution ». Les autres accusés sont jugés par un tribunal d’exception et les mêmes charges pèsent contre eux. En juin, le militant communiste Riad Turk a été condamné à deux ans et demi de prison et l’opposant et hommes d’affaires Habib Saleh à trois ans de prison. Aref Dalila, 60 ans, ancien doyen de la faculté d’économie d’Alep (nord), était le porte-parole des Comités de réactivation de la société civile (CRSC). Il préconisait de lier réformes économiques et politiques et prônait la transparence dans la gestion de l’économie. Son arrestation et sa condamnation sont « un crime », selon l’avocat Anouar Bounni, qui rappelle que l’ancien doyen avait dénoncé, lors d’une réunion politique avant son arrestation en septembre 2001, « tous les aspects négatifs de la gestion de l’économie ». « Il a mis le doigt sur la blessure », a estimé Me Bounni. Aref Dalila prônait l’introduction de réformes « par des moyens pacifiques conformes aux lois » et proposait des « solutions efficaces » à l’effondrement de l’économie, a ajouté l’avocat. L’opposant Walid Bounni participait activement, lui aussi, à des réunions politiques et est l’un des membres fondateurs de la Société syrienne des droits de l’homme. En écoutant la sentence, M. Dalila n’a pas réagi. Il a simplement indiqué que « ce tribunal était coutumier de ce genre de sentences ».
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