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Actualités - Opinion

Les armes de l’esprit

Le sacrifice volontaire de la vie pour atteindre un ennemi autrement inaccessible ne peut être justifié par sa réduction à une simple réaction humaine de désespoir. Il n’est pas assimilable, disons, à une immolation par le feu, par laquelle on cherche à faire violence à l’autre moralement, à lui démontrer que ce pour quoi on meurt , que ce dont on est privé ou que l’on revendique est aussi précieux que la vie. Aussi désespéré que soit le geste consistant à se faire exploser au milieu d’une foule haïe, il continue à revêtir un sens politique, et non purement humain. Ou inhumain. On a appelé ce geste l’arme du pauvre. On peut dire aussi que c’est une arme courageuse, par comparaison aux armes des lâches, celles qui tuent à distance, proprement et sans risques. Mais cela reste l’arme de l’homme, une arme politique. Et s’il est vrai qu’avant l’hécatombe de Gaza, les organisations palestiniennes s’apprêtaient à signer un moratoire bannissant ce type d’attentat, nous serions en présence de la nouvelle la plus chargée de sens et d’espérance de ces derniers mois. Rien moins que la victoire de la paix sur la haine. Les Palestiniens feraient une grave erreur de permettre qu’elle soit compromise. Car la rupture du cycle de la violence doit commencer quelque part. Et c’est au fort que, généralement, cet honneur et ce devoir reviennent. En en prenant l’initiative, les Palestiniens prouvent au monde que la véritable force n’a rien à voir avec la puissance, et qu’elle est entre leurs mains. Ce geste, s’il se confirme, rachètera des décades de vaine lutte . Il apporte enfin une note humaine à une lutte qui, jusqu’à présent, en manquait totalement, puisqu’elle se fixait pour objectif l’anéantissement de l’autre. Erreur sur la menace, a-t-on écrit en parlant des attentats du 11 septembre. Le bouclier que les États-Unis cherchaient à mettre en place était spatial. La bombe était humaine. Pour barrer la voie à la terreur, il faut agir sur les conditions d’apparition de la terreur. Dont l’injustice est un élément principal. Mais la terreur peut, à son tour, offrir à la puissance le don de la paix, en renonçant à elle-même. Un renoncement qui, en même temps, substitue l’arme de l’esprit à l’arme de la matière. L’initiative de renoncer à la principale arme que l’on possède peut être contagieuse, et faire surgir, chez l’ennemi, une dynamique similaire. C’est d’abord dans les esprits que la guerre est vaincue par la paix. Si seulement les États-Unis pouvaient investir dans ces armes une partie des milliards que va leur coûter leur nouveau budget de défense. Fady NOUN
Le sacrifice volontaire de la vie pour atteindre un ennemi autrement inaccessible ne peut être justifié par sa réduction à une simple réaction humaine de désespoir. Il n’est pas assimilable, disons, à une immolation par le feu, par laquelle on cherche à faire violence à l’autre moralement, à lui démontrer que ce pour quoi on meurt , que ce dont on est privé ou que l’on revendique est aussi précieux que la vie. Aussi désespéré que soit le geste consistant à se faire exploser au milieu d’une foule haïe, il continue à revêtir un sens politique, et non purement humain. Ou inhumain. On a appelé ce geste l’arme du pauvre. On peut dire aussi que c’est une arme courageuse, par comparaison aux armes des lâches, celles qui tuent à distance, proprement et sans risques. Mais cela reste l’arme de l’homme, une...