Plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens criant vengeance ont déferlé dans les rues de Gaza mardi pour les funérailles des quinze victimes du raid aérien israélien, dont neuf enfants et un chef militaire du Hamas. Cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel du mouvement radical islamiste, a pris la tête du cortège, installé dans une jeep. Treize organisations représentant l’ensemble des mouvements nationalistes et islamistes palestiniens ont décrété la journée de mardi « journée de colère », au lendemain du raid. Le haut comité des forces nationales et islamiques, qui rassemble ces mouvements, a appelé la population à se joindre aux funérailles et à manifester en masse contre l’occupation israélienne. Tous réclament une dure riposte contre Israël dont le Premier ministre Ariel Sharon a personnellement donné l’ordre de liquider le chef militaire du Hamas, Salah Chéhadé. La foule, où se trouvaient des centaines d’activistes qui tiraient en l’air, s’est rassemblée devant l’hôpital où reposaient les corps de onze tués identifiés. Les corps étaient déposés sur des civières, enveloppés de drapeaux palestiniens. « Nous sommes les Brigades des martyrs d’al-Aqsa et l’heure venue, nous attaquerons Israël », clamaient des membres du groupe armé lié au Fateh, le mouvement de Yasser Arafat, par haut-parleurs. Les slogans des mouvements islamiques et laïques fusent, au milieu de chants islamiques scandés à plein volume sur un rythme de musique moderne. L’une des 15 victimes du raid aérien israélien était un bébé de deux mois. Mais de la foule galvanisée, un seul nom monte : celui de Salah Chéhadé. Une bombe d’une tonne À l’hôpital al-Chifa de Gaza d’où la foule s’est ébranlée en direction de la mosquée Cheikh Radwan, règne un lourd silence, contrastant avec la clameur du cortège. 145 personnes ont été blessées dans le raid, assure Mouaouia Abou Hassanin, responsable des urgences. C’était, dit-il, « comme un tremblement de terre ». Le chasseur bombardier F-16 israélien qui a mené l’opération a largué une bombe d’une tonne sur sa cible, selon la radio militaire israélienne. « Quinze blessés sont dans un état critique, ce qui pourrait alourdir le bilan des victimes », ajoute le responsable hospitalier. Alors que l’armée israélienne savait où vivaient Chéhadé et son garde du corps, également tué dans le raid, ses voisins disent ignorer que le chef militaire recherché vivait parmi eux. « J’ignorais que c’était Chéhadé qui était visé jusqu’au moment où j’ai entendu les nouvelles à la radio », dit Rafiq Hijazi, 40 ans, couché sur son lit d’hôpital. « Il s’était installé dans le voisinage il y a moins d’un mois sous le nom de M. al-Araïcheh », dit-il. « Et même si nous avions su qu’il était là, qu’aurions nous pu faire ? » ajoute cet homme, dont l’appartement a pris feu et qui souffre de légères brûlures. Marwan Zeïnou, 33 ans, son voisin de lit, grièvement brûlé et qui s’exprime avec difficulté, déclare qu’il ignorait que Chéhadé vivait dans le quartier modeste de Darraj. Une question taraude Ismaïl Huweiti, 24 ans, également blessé : comment annoncer à ses trois neveux que leur mère et leurs deux frères, Mohammed et Soubhi, respectivement âgés de 4 et 3 ans, ont trouvé la mort dans le bombardement israélien ? Les habitants de Darraj ont du mal à saisir l’ampleur de la tragédie qui s’est abattue sur eux. « Israël veut tuer une personne et tue 14 autres civils avec elle », dit Mahmoud, 42 ans, perplexe au milieu des murs effondrés de deux maisons soufflées par l’explosion. « Lorsque ce sont leurs civils qui meurent, cela devient une tragédie mondiale. Leurs noms et leurs visages sont connus de tous, alors que les nôtres sont ignorés et passés au chapitre des erreurs et des dommages collatéraux », ajoute Mahmoud, indifférent au passage de cheikh Yassine dans son quartier.
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