Les États-Unis ont remporté un succès diplomatique crucial, samedi, en négociant un accord entre l’Espagne et le Maroc dans le conflit de l’îlot de Perejil/Leila, Washington comptant sur le soutien de ces deux pays dans sa guerre contre le terrorisme et son initiative de paix au Proche-Orient. Washington a déployé un gros effort diplomatique pour résoudre ce conflit portant sur un îlot rocheux et inhabité, situé dans le détroit de Gibraltar, dont Madrid et Rabat se disputent la souveraineté. Le secrétaire d’État Colin Powell et son adjoint Richard Armitage ont eu de nombreuses discussions avec les deux parties. Entre jeudi et vendredi, Colin Powell a passé au moins 14 appels téléphoniques au roi du Maroc Mohammed VI, au ministre marocain des Affaires étrangères Mohammed Benaïssa et à la ministre espagnole des Affaires étrangères Ana Palacio. « C’est une dispute entre deux amis et si nous pouvons aider à la résoudre pacifiquement, nous le ferons », avait déclaré à la presse vendredi le porte-parole du département d’État Richard Boucher. « Nous n’aimons pas voir nos amis se battre et si nous pouvons aider, nous le ferons, quel que soit le sujet de la dispute », avait-il affirmé. Cette médiation a suscité des critiques, certains reprochant aux diplomates américains d’avoir dépensé trop d’énergie à cette affaire d’îlot, qui implique selon le département d’État des conséquences sur la scène internationale. « Plus de farce que de force », avait ironisé un éditorialiste, Charles Krauthammer dans le Washington Post de vendredi, surnommant le conflit « la guerre du persil », traduction du nom espagnol du territoire disputé, décrit comme une « île rocheuse perdue de la taille d’un terrain de football ». Un haut responsable du département d’État a rejeté ces critiques. « Ne réalisent-ils pas qu’il y a beaucoup plus en jeu ? », avait-il déploré, sous le couvert de l’anonymat. « Nous avons de bien plus gros intérêts avec l’Espagne et le Maroc que du persil.» L’Espagne et le Maroc contribuent largement à la guerre menée par les États-Unis contre le terrorisme et ont arrêté de nombreux membres présumés du réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden soupçonnés de préparer des attentats contre les intérêts américains, a fait remarquer le responsable. Les deux pays ont contribué aux efforts de paix au Proche-Orient, l’Espagne, quand elle assurait la présidence de l’Union européenne, et le Maroc par ses positions dans le monde arabe et en tant que président du comité islamique al-Qods notamment chargé de la préservation du patrimoine culturel de Jérusalem, a-t-il poursuivi. Il a fait remarquer que Colin Powell avait commencé son dernier voyage au Proche-Orient par des étapes au Maroc et en Espagne où il s’était entretenu avec les dirigeants des deux pays sur le conflit israélo-palestinien. « Si nous pouvons les aider au sujet de cette île, cela favorisera la bonne volonté et c’est important », a ajouté le responsable. Le département d’État a toutefois modestement accueilli l’accord de samedi, de peur de voir ces critiques ressurgir. « Nous ne voulons pas donner trop d’importance à cela », a indiqué un autre responsable du département d’État s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. L’accord « est important et nous avons travaillé très dur, mais c’est vraiment aux deux parties qu’il faut en attribuer le mérite », a-t-il ajouté. Le responsable a reconnu qu’il craignait que trop parler de ce sujet pourrait raviver des critiques. « Il y a des gens dans le pays qui n’apprécient pas cet effort », a-t-il dit.
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