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Le repos du routier

Les coureurs savoureront aujourd’hui la première des deux journées de repos du 89e Tour de France cycliste, laquelle ne sera toutefois pas... de tout repos car se profile une somme de tracas, accrochée à un transfert en avion de 470 kilomètres, entre Lorient et Bordeaux. Personne n’aura véritablement le temps de souffler avant d’arriver au pied des Pyrénées, à Pau, terme de la 10e étape. À peine les valises posées autour de Bordeaux, il faudra reprendre le vélo, pour quelques coups de pédales, histoire de ne pas perdre le rythme. Ce repos du routier a d’ailleurs, de tout temps, partagé le peloton. Ainsi, cette satanée journée a-t-elle peut-être empêché Raymond Poulidor d’accrocher enfin une première place au classement général de la Grande Boucle. C’était en 1974. Tour perdu « J’avais mis Eddy Merckx en difficulté dans le col du Relais du Chat, la veille de la journée de repos. Je me suis décontracté, mais cet arrêt m’a en fait déstabilisé, explique-t-il. Le lendemain, dans le Galibier, j’essuyais un passage à vide, j’ai perdu près de sept minutes. » Ce trou reste d’autant plus indélébile pour le Limousin que par la suite, il remportait deux étapes. « J’ai sans doute perdu le Tour ce jour-là », poursuit Raymond Poulidor, toujours vedette de la caravane à 66 ans. Depuis, le deuxième des Tours 64, 65 et 74 a mis un bémol à son aversion pour le repos, reconnaissant quand même qu’il rendait service « sur le plan de la récupération aux coureurs ayant chuté ou connaissant des problèmes de santé ». S’il a été, lui aussi, entraîné dans une des multiples cabrioles depuis le départ, Emmanuel Magnien fait partie des hommes frais et lucide. Mais, le repos n’est pas forcément, non plus, sa tasse de thé. « Cette journée est parfaite pour les mecs blessés ou malades : elle peut les sauver et leur permettre de continuer, explique-t-il. Cependant, avec la santé, on peut rouler trois semaines sans s’arrêter. En ce qui me concerne, il va donc falloir faire quelques kilomètres pour éviter de s’encrasser. » L’Ardennais s’inscrit du reste en faux lorsque l’on parle de cette première journée de repos. « Repos ? pas tout à fait quand même : la récupération ne peut pas être idéale quand on voyage le matin même, qu’il faut s’installer dans l’hôtel et aller ensuite se faire masser, souligne-t-il. Il aurait mieux valu prendre l’avion lundi soir. » Repos du guerrier Jean-Marie Leblanc a repoussé cette idée pour des raisons d’intendance. « Qu’aurait-on fait à l’arrivée, les copains étant partis à 10 heures par rapport à leurs camarades s’élançant à 16 heures sachant qu’il n’y aurait pas eu de chambre d’hôtel pour les accueillir ? a insisté le patron du Tour. Nous avions bien évidemment pensé à la possibilité du lundi mais nous l’avons repoussée, en accord d’ailleurs avec les directeurs sportifs. » Le casse-tête du transfert ne date pas d’hier. À l’époque d’Albert Bouvet, l’ancien directeur de la compétition, il en était de même. « Le transfert nécessite une organisation plus pénalisante qu’un départ de Tour », observe le Breton. Repos du routier certes et peut-être, parfois, repos du guerrier ! C’est le moment où épouses ou compagnes, communément appelées dans la caravane les « mamans », passent la journée auprès de leurs héros. « J’en ai connu qui, le lendemain, étaient sur les genoux, révèle le quintuple vainqueur Bernard Hinault. Il faut connaître son corps. Et tout dépend de la manière dont tu fais l’amour. Si c’est toute la nuit, au petit matin, t’es mal. »
Les coureurs savoureront aujourd’hui la première des deux journées de repos du 89e Tour de France cycliste, laquelle ne sera toutefois pas... de tout repos car se profile une somme de tracas, accrochée à un transfert en avion de 470 kilomètres, entre Lorient et Bordeaux. Personne n’aura véritablement le temps de souffler avant d’arriver au pied des Pyrénées, à Pau, terme de la 10e étape. À peine les valises posées autour de Bordeaux, il faudra reprendre le vélo, pour quelques coups de pédales, histoire de ne pas perdre le rythme. Ce repos du routier a d’ailleurs, de tout temps, partagé le peloton. Ainsi, cette satanée journée a-t-elle peut-être empêché Raymond Poulidor d’accrocher enfin une première place au classement général de la Grande Boucle. C’était en 1974. Tour perdu « J’avais mis Eddy...