Le cyclisme italien traverse une grave crise et est délaissé par la presse italienne qui n’est représentée que par quatre envoyés spéciaux sur la route du Tour de France. Cette situation ne manque pas d’inquiéter le petit monde du cyclisme même si cette crise est compéhensible en raison des affaires de dopage à répétition. Si le sport cycliste semble renaître en France grâce à la politique entreprise depuis quatre ans axée sur la protection de la santé et la formation des jeunes, le désastreux Tour de France 1998 n’a pas servi de leçon de l’autre côté des Alpes. Le blitz policier du Giro 2001 non plus. Le Giro 2002 a été marqué par des contrôles positifs à la cocaïne pour le dernier vainqueur Gilberto Simoni, à un produit masquant pour son prédécesseur Stefano Garzelli, et par le démantèlement d’un trafic de substances interdites régi par une bande de coureurs napolitains. Ces événements ont lassé les médias. Les quotidiens La Gazetta dello Sport, avec deux envoyés spéciaux, le Corriere della Sera et La Repubblica, un chacun, sont les derniers à se donner les moyens de suivre la plus grande course du monde. « La crise est grave », reconnait Gianfranco Josti, l’envoyé spécial du Corriere della Sera, qui suit le Tour de France depuis 1975. « Nous avons déjà eu des moments difficiles dans les années 70 et 80 quand il n’y avait dans le Tour qu’un ou deux journalistes mais il n’y avait surtout pas ou peu d’équipes (italiennes) au départ ». Pour Gianfranco Josti, le mal est d’autant plus profond que cinq équipes italiennes ont pris le départ du Tour cette année. « Les patrons de presse se demandent combien de journaux le Tour fait-il vendre et demandent à leurs collaborateurs de travailler de leur bureau, devant leur télévision ». « Le champion avant le sport » Josti souligne aussi qu’en Italie, « le public aime le champion avant d’aimer le sport » et que « personne n’a remplacé Pantani ». « Le ski alpin a connu cela après la retraite d’Albert Tomba et de Deborah Compagnoni et plus personne ne se déplace pour les épreuves de Coupe du monde », dit-il. Reste le problème majeur du dopage et sur ce point la presse italienne est très partagée. Une grande partie est accablée. L’autre dénonce un complot destiné « à abattre les coureurs italiens qui gagnaient trop ». « Les délinquants sont partout », affirme Giancarlo Ferreti, le « vieux » directeur sportif de la Fassa Bortolo, très enervé dès qu’il s’agit d’évoquer le dopage et le dommage qu’il cause dans la presse de son pays. « Ils sont partout mais tout le monde fait comme s’il était plus grave d’être un délinquant dans le cyclisme qu’ailleurs. Il y a des coureurs délinquants, des médecins délinquants mais nous ne nous en débarrasserons pas comme ça, en claquant des doigts, dit-il. La presse me semble aujourd’hui plus tentée de parler des scandales que de sport et la fuite des journalistes est illogique ». Les Italiens présents sur le Tour de France ne pensent cependant pas que le cyclisme va disparaître de la presse et de la vie de leur pays. « Je suis certain que RCS et la Gazetta dello sport organiseront le Giro l’année prochaine parce que cela leur rapporte beaucoup d’argent », déclare Gianfranco Josti. « Il y a un grand sponsor (Mapei) qui s’en va et ne sera pas remplacé mais les autres vont rester parce qu’ils savent qu’aucun sport, même bien portant, ne leur assurera une telle publicité que le cyclisme », affirme Giancarlo Ferreti. « J’ai bientôt 62 ans, j’en ai vu beaucoup dans ma vie, je suis triste depuis quelques mois mais mon enthousiasme pour ce magnifique sport est identique. J’espère que la presse italienne retrouvera bientôt le sien ».
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