La Russie a été payée de sa politique pro-occidentale avec le déblocage jeudi par le G7 de 20 milliards de dollars afin d’éliminer les armes de destruction massive en ex-URSS, mais les experts estiment que l’utilisation de ce « cadeau » va poser des difficultés. « C’est certainement à mettre au crédit de la politique de Poutine, mais il est important de bien choisir les programmes » d’utilisation de cet argent, selon Ivan Safrantchouk, expert politique du Center for Defense Information à Moscou. « Cette décision signifie que la communauté internationale a l’intention de remplir ses obligations et d’aider la Russie » à détruire ses armes de destruction massive, s’est félicité vendredi le président de la commission de la Douma (Chambre basse du Parlement russe) pour la Défense, Andreï Nikolaïev. Reconnaissant que « la Russie avait de grandes difficultés à faire face aux obligations contractées en signant la Convention sur la destruction des armes chimiques », le député a estimé que la somme allouée par le G7 allait permettre de liquider un stock « parvenant à la limite de la date de péremption et qui peut bientôt devenir dangereux ». En théorie, ces 20 milliards de dollars, une somme particulièrement importante au regard des aides occidentales à la Russie, ne sont pas suffisants pour détruire l’ensemble des armes de destruction massive russes, mais ils sont largement suffisants s’il ne s’agit que des armes chimiques et biologiques, selon Safrantchouk. Or la Russie n’a pas l’intention de détruire l’ensemble de son arsenal nucléaire et compte en moderniser une partie. Mais si l’allocation de cette somme est unanimement saluée en Russie, son utilisation va poser un certain nombre de difficultés en ce qui concerne sa répartition entre les armes nucléaires, chimiques et biologiques, mais également en ce qui concerne sa forme (effacement de dette ou don) ainsi que le contrôle de son utilisation. Cet argent doit également servir à empêcher que les techniciens hautement qualifiés qui vont se retrouver au chômage ne soient « achetés » par d’autres pays, « ou pire, par des terroristes », selon Vitali Fedtchenko, du Centre d’études politiques de Russie (PIR). Selon Safrantchouk, il est important que cet argent soit utilisé en priorité à la destruction et au recyclage des sous-marins nucléaires déjà à l’abandon et qui représentent un danger régulièrement dénoncé par les écologistes. Si la priorité est donnée à la destruction des armes nucléaires et chimiques, la Russie devrait recevoir 80 % de l’allocation du G7. En revanche, si l’on décide de mettre l’accent sur la destruction des armes biologiques, alors le Kazakhstan peut prétendre à une large dotation, car il y a sur son territoire de très importantes usines de fabrication de ce type d’armes, selon les spécialistes. Or cette décision sur la répartition risque de ne pas être prise souverainement par la Russie, les Occidentaux déjà échaudés par le détournement supposé de plusieurs milliards de dollars d’aide du FMI, voulant certainement s’assurer de la bonne utilisation de cette somme. « Je doute que ce soit 20 milliards de dollars donnés comme ça et “faites-en ce que vous voulez” », estime Safrantchouk. Un argument repris par l’expert Andreï Piontkovski, selon qui « la Russie ne voudra pas que le processus de destruction soit surveillé par des étrangers », non pas en raison d’éventuels secrets militaires, mais parce que l’Administration « voudra garder secrète la façon dont l’argent est réellement dépensé, et qui se remplira les poches ».
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