Les appels à la répression et au durcissement de la réglementation se multiplient aux États-Unis dans le sillage du scandale WorldCom qui a fait sombrer la confiance des Américains dans leurs entreprises. Les patrons qui magouillent leurs comptes doivent être jetés en prison, ont déclaré en chœur les autorités boursières, l’Administration du président George W. Bush et les parlementaires qu’ils soient républicains ou démocrates. « Nous allons faire preuve de la plus grande fermeté face à ces graves malversations » et les PDG qui « truquent leurs chiffres iront en prison », a martelé le gendarme en chef de Wall Street, Harvey Pitt. Le président de la Commission américaine des opérations boursières (SEC) était considéré jusqu’ici comme très favorable aux milieux d’affaires et avait été beaucoup critiqué pour ses réactions très molles face à la multiplication des scandales depuis six mois. Ce durcissement s’explique par l’ampleur des manipulations comptables révélées mardi par WorldCom – un phénomène sans précédent selon la SEC – et ses effets catastrophiques sur les marchés boursiers de toute la planète. Selon les analystes, ce scandale et les autres vont jusqu’à menacer la reprise, encore timide, de l’économie américaine et mondiale. Grâce à un « jeu » comptable portant sur 3,85 milliards de dollars, le géant américain des télécommunications a pu afficher l’an dernier et au premier trimestre des bénéfices confortables alors que ses comptes réels étaient largement dans le rouge. Signe que la liste des affaires, déjà impressionnante, risque fort de s’allonger, le groupe d’imagerie Xerox a avoué hier avoir gonflé artificiellement son résultat avant impôts. Pour tenter de rendre plus crédibles les comptes des entreprises, un élément essentiel si l’on veut restaurer le moral des investisseurs, la SEC a réclamé aux PDG et directeurs financiers des 1 000 premières sociétés américaines de certifier eux-mêmes leurs résultats financiers. Ces attestations permettront de les poursuivre en justice si les comptes s’avèrent ensuite truqués, a expliqué Harvey Pitt. Ce système devrait se révéler très utile car jusqu’ici, dans presque tous les scandales, les patrons ont pu clamer leur innocence en rejetant les responsabilités sur leurs subalternes et en expliquant que leur lourde charge de travail les empêchait de surveiller de près le détail des comptes. L’argument a été utilisé notamment par les responsables du groupe de courtage en énergie Enron dont la faillite en décembre dernier – la plus grosse banqueroute de l’histoire américaine en attendant celle, probable, de WorldCom – a ouvert la boîte de Pandore des affaires. Résultat, six mois après, aucune inculpation et a fortiori aucun emprisonnement n’ont été décidés dans ce scandale. L’heure est aussi au durcissement des lois. Le Congrès a promis cette semaine d’agir vite alors que les parlementaires s’étaient contentés ces derniers mois de beaucoup parler des affaires sans adopter la moindre réforme. Les responsables du Congrès se sont engagés à accélérer l’adoption d’une législation renforçant les pouvoirs de la SEC, ainsi que les contrôles et la transparence en matière d’audit d’entreprises dans le but de protéger les investisseurs. Le chef de la majorité démocrate du Sénat, Thomas Daschle, a indiqué qu’il s’efforcerait de soumettre au vote un projet de loi en la matière dès le retour du Congrès après la fête de l’Indépendance, le 4 juillet. Ce projet était resté jusqu’à présent dans les cartons.
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