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La globalisation du ballon rond

À l’entame de la dernière ligne droite du Mondial 2002 de football, le prébilan comme les perspectives poussent au même constat : le jeu déborde de ses frontières traditionnelles, les valeurs se nivèlent, les théories comme les passions s’universalisent. En football aussi, on globalise. Une évolution qui ne peut que réjouir la Fédération internationale (Fifa), dont le président Joseph Blatter ne jure que par l’universalité. Elle y avait poussé en attribuant pour la première fois à l’Asie l’organisation d’une épreuve qui, en seize éditions depuis 1930, n’était jamais sortie d’Europe ou d’Amérique. Et, le patron de la planète foot l’a promis, en 2010, ce sera au tour de l’Afrique d’accueillir l’événement sportif le plus médiatique. Sur les trente-deux sélections engagées en Corée du Sud et au Japon, elles ne sont plus que huit à n’avoir pas encore dit adieu à la cuvée 2002. Au nombre des disparus figurent la France, champion sortant, et deux des valeurs les plus sûres : l’Argentine et l’Italie, qui pèsent à elles seules cinq Coupes, près du tiers des titres décernés. Parmi les rescapés, un néophyte, le Sénégal, un presque débutant, la Turquie, deux habitués des seconds couteaux, la Corée du Sud et les États-Unis, un spécialiste des rendez-vous manqués, l’Espagne, et seulement trois piliers historiques, l’Angleterre, l’Allemagne et le Brésil. Establishment Le Sénégal, pour sa première participation, atteint les quarts de finale, un niveau qu’aucun représentant africain n’a encore jamais dépassé. La Corée du Sud, en cinq tentatives antérieures, n’avait encore jamais remporté la moindre victoire. La Turquie avait fait une intrusion en 1954, mais, depuis, elle avait été absente de toutes les phases finales. Demi-finalistes en 1930, les États-Unis ont figuré ensuite à cinq reprises dans le tournoi final, mais en ne parvenant qu’une fois à passer le premier tour. Presque toujours présente (dix participations), l’Espagne a toujours déçu, avec pour seul palmarès une 4e place en 1950, indigne d’un pays qui, par ses joueurs, ses clubs et son public, campe sur le toit du monde football. Derniers défenseurs de l’establishment, l’Angleterre, l’Allemagne et le Brésil ne sont pas ceux que l’on attendait le plus. Allemands comme Brésiliens malgré leur passé glorieux (sept Coupes à eux deux) avaient souffert mille morts pour se qualifier et les Anglais, champions en 1966, ne se considéraient eux-mêmes qu’en reconstruction. Il reste à ces trois chevaliers de la tradition à prouver qu’ils sont capables de conserver les clés du temple que la génération 2002 rêve de leur chaparder. Une ambition qui n’a rien d’utopique au vu des dispositions tactiques, mentales et physiques qu’elle a montrées jusqu’alors. Les techniciens sont quasi unanimes à professer le même cliché : il n’y a plus de petites équipes. « Il n’y a plus de favoris. Tous les matches sont du 50-50. Il n’y a plus d’adversaire facile », constate le sélectionneur allemand Rudi Voeller. « Que les États-Unis et le Sénégal soient en quart de finale, c’est fabuleux. Il n’y a plus de petites équipes », se réjouit l’entraîneur français du Sénégal Bruno Metsu. Commandos « Il ne suffit pas de dire son nom pour gagner un match. Nul favori n’a gagné un match d’avance », affirme le coach brésilien Luiz Felipe Scolari. « Nous avons vaincu une superpuissance », a approuvé le Néerlandais Guus Hiddink, grand timonier de la Corée du Sud, au soir de la victoire de ses joueurs contre l’Italie. Ce nivellement s’explique par une culture désormais commune. Les nations en développement ont compris qu’une bonne équipe commençait par un bon entraîneur et importé des professionnels formés à l’école européenne. Ces missionnaires, souvent à prix d’or, de l’Évangile technico-tactique sont partis de l’évidence selon laquelle il est plus facile de bâtir sur la discipline collective et le travail physique que de découvrir le pur talent capable de faire à lui seul basculer un match. Ils ont mis en place des commandos hypermotivés et, le temps de préparation ne leur étant pas compté, programmés pour un rendement maximum au jour J. Ces machines de guerre, transcendées par le transfert patriotique, ont été d’autant plus redoutables que les grosses écuries traditionnelles sont, elles, arrivées à bout de souffle, à court de préparation, avec des joueurs harassés et saturés, difficiles à motiver du fait de la banalisation des enjeux. Entre la capacité des uns à tenir jusqu’au bout leur rythme collectif effréné et celle des autres à trouver le ressort physique et mental pour que prévalent des talents individuels plus affirmés, se trouve sans doute la clé de ce Mondial.
À l’entame de la dernière ligne droite du Mondial 2002 de football, le prébilan comme les perspectives poussent au même constat : le jeu déborde de ses frontières traditionnelles, les valeurs se nivèlent, les théories comme les passions s’universalisent. En football aussi, on globalise. Une évolution qui ne peut que réjouir la Fédération internationale (Fifa), dont le président Joseph Blatter ne jure que par l’universalité. Elle y avait poussé en attribuant pour la première fois à l’Asie l’organisation d’une épreuve qui, en seize éditions depuis 1930, n’était jamais sortie d’Europe ou d’Amérique. Et, le patron de la planète foot l’a promis, en 2010, ce sera au tour de l’Afrique d’accueillir l’événement sportif le plus médiatique. Sur les trente-deux sélections engagées en Corée du Sud...