Mondial oblige, voilà plus d’un mois que chacun brandit sa bannière. Sur les antennes des voitures claquent les oriflammes de tous les pays participants. Curieux ballet diplomatique où l’on a de plus en plus de mal à distinguer les vrais ambassadeurs des aficionados, où les « Allemands » se font fort de doubler les « Français », eux-mêmes tout excités à l’idée de coincer les « Brésiliens » dans un tête-à-queue magistral. Le foot n’est plus au foot, il est partout où flotte un drapeau, et d’abord sur les routes. Selon que l’on porte une admiration particulière au héros d’une nation, ou que l’on y ait laissé un souvenir tendre, ou suivi des études, ou que l’on ait avec son peuple des affinités électives, ses couleurs fleurissent sur nos balcons, s’épanouissent sur nos visières, éclatent sur nos chemises, réjouissent nos tasses à café, émeuvent nos klaxons et vibrent sur nos écrans. Dans notre pays où l’évocation même du drapeau est sujet de polémique, l’occasion de soutenir ceux des autres tombe comme une aubaine. Cette guerre mondiale sur le mode ludique, nous la menons de toute la force de nos opinions refoulées, de toute la passion de notre histoire chaotique. Foule bariolée de symboles que le moindre but marqué accable ou porte aux nues, nos cris de joie vont à l’ancêtre émigré en Uruguay, en Argentine, au Brésil ou au Mexique, à l’oncle parti chercher fortune au Nigeria, au cousin mécanicien marié en Allemagne, au démineur Italien qu’au Sud nous aimons comme un frère, au professeur français qui nous révéla Barthes (l’autre, sans l’accent grave ni la boule à zéro !). À défaut de porter les couleurs du Liban sur les stades, nous portons les couleurs du monde et cette diversité, plus que tout autre chose, c’est profondément nous. Une image qui n’a échappé à personne : dans la masse des manifestants qui hurlaient leur contestation des élections de la semaine dernière, au milieu des banderoles et des slogans, un timide petit drapeau argentin avait surgi comme un sourire. Un soleil jaune entre deux bandes bleu ciel, comme un appel d’air. Ou bien, plus cynique, un avertissement, un appel à orienter fermement le débat sur la question fondamentale : celle de notre économie et de l’argentinisation qui la menace. Une chose est sûre : nous n’avons peut-être pas les meilleurs joueurs du monde, n’ayant jamais eu le talent de garder nos buts… Mais quel public ! Fifi ABOUDIB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Mondial oblige, voilà plus d’un mois que chacun brandit sa bannière. Sur les antennes des voitures claquent les oriflammes de tous les pays participants. Curieux ballet diplomatique où l’on a de plus en plus de mal à distinguer les vrais ambassadeurs des aficionados, où les « Allemands » se font fort de doubler les « Français », eux-mêmes tout excités à l’idée de coincer les « Brésiliens » dans un tête-à-queue magistral. Le foot n’est plus au foot, il est partout où flotte un drapeau, et d’abord sur les routes. Selon que l’on porte une admiration particulière au héros d’une nation, ou que l’on y ait laissé un souvenir tendre, ou suivi des études, ou que l’on ait avec son peuple des affinités électives, ses couleurs fleurissent sur nos balcons, s’épanouissent sur nos visières, éclatent sur...