L’Autorité palestinienne a dévoilé dimanche la composition d’un nouveau gouvernement, première étape d’un projet de réformes destinées à faire taire les critiques internationales, mais celui-ci demeure comme avant sous la coupe de Yasser Arafat, estimaient hier des analystes. Le nouveau cabinet palestinien a pour tâche d’être plus efficace pour lutter contre la corruption en vue de restaurer la confiance de la communauté internationale dans l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat, ébranlée ces derniers mois par un flot de critiques. « Le remaniement du gouvernement est le résultat de pressions extérieures et ne tient pas compte des attentes des Palestiniens, à quelques exceptions près », a déclaré un militant des droits palestiniens, Moustapha Barghouthi. M. Barghouthi a estimé que le nouveau cabinet décevait les espoirs de voir un renforcement des services sécuritaires palestiniens, actuellement au nombre de douze, qui n’ont pu enrayer les multiples attentats-suicide qui ont touché ces derniers mois Israël. Au sein de ce nouveau cabinet, le nombre de ministres a été réduit de 31 à 21 et comprend pour la première fois un ministère de l’Intérieur qui sera dirigé par le général Abdelrazak al-Yahiya, ancien négociateur avec Israël. La nomination du général Yahiya, 73 ans, un proche de Yasser Arafat qui jouit du respect de ses concitoyens, a été accueillie favorablement par les analystes palestiniens et israéliens qui doutent cependant qu’il puisse agir à sa guise au sein des services sécuritaires qui dépendaient auparavant de Yasser Arafat. « Yahiya est sans doute l’homme le plus intelligent pour ce qui est question des affaires militaires, mais il ne conservera pas ce poste très longtemps », a estimé Yezid Sayigh, professeur en relations internationales à Cambridge et ancien négociateur palestinien. « Je doute qu’Arafat lui donne assez de pouvoir pour agir », a-t-il expliqué. Le ministre israélien de la Défense, Binyamin Ben Eliezer, a pour sa part critiqué la nomination de Yahiya en qualifiant le général, un ancien commandant de l’ancienne Armée de libération de Palestine, de « représentant de la vieille garde ». Washington n’a toujours pas officiellement réagi au remaniement palestinien. Un responsable américain en Israël a toutefois indiqué que « si la terreur cesse grâce à ces réformes, nous pourrons alors considérer qu’elles ont réussi ». « Arafat dirige encore (le gouvernement) et cela contredit les assurances données à George Tenet (chef de la CIA) qu’un homme jouissant d’une autorité réelle allait être chargé des questions sécuritaires », a déclaré un diplomate ayant requis l’anonymat. Pour Dore Gold, conseiller d’Ariel Sharon, « la question est de savoir si M. Arafat et la direction palestinienne vont abandonner la violence comme moyen de pression politique, et c’est seulement sur le terrain que nous pourrons le voir ». Autre importante nomination : celle, au poste de ministre des Finances, de Salam Fayad, actuel directeur de l’Arab Bank en Palestine, un établissement privé, et surtout ancien représentant du Fonds monétaire international (FMI) dans les Territoires. La nomination de cet économiste vise notamment à assurer la « transparence » dans la gestion de l’aide internationale, dont l’Autorité palestinienne a le plus urgent besoin. « Fayad est la seule personne qui a l’expérience et l’autorité pour travailler avec Arafat, mais combien de temps Arafat va-t-il le supporter ? », a estimé le professeur Sayigh. Selon les analystes, la composition du nouveau cabinet ne montre guère la volonté de Yasser Arafat, 72 ans, de préparer sa succession à la tête de l’Autorité palestinienne. « Les tentatives d’Israël d’écarter Arafat retardent la succession de ce dernier qui voit tout le conflit comme une lutte personnelle à laquelle il se livre avec entêtement », a encore estimé M. Sayigh. Et l’absence d’un Premier ministre au sein du nouveau cabinet montre qu’« Arafat n’a pas l’intention de partager le pouvoir », selon Zeev Schiff, commentateur des affaires militaires du quotidien israélien Haaretz.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Autorité palestinienne a dévoilé dimanche la composition d’un nouveau gouvernement, première étape d’un projet de réformes destinées à faire taire les critiques internationales, mais celui-ci demeure comme avant sous la coupe de Yasser Arafat, estimaient hier des analystes. Le nouveau cabinet palestinien a pour tâche d’être plus efficace pour lutter contre la corruption en vue de restaurer la confiance de la communauté internationale dans l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat, ébranlée ces derniers mois par un flot de critiques. « Le remaniement du gouvernement est le résultat de pressions extérieures et ne tient pas compte des attentes des Palestiniens, à quelques exceptions près », a déclaré un militant des droits palestiniens, Moustapha Barghouthi. M. Barghouthi a estimé que le nouveau cabinet...