Quelques kilomètres avant d’arriver à Kashima, on perçoit déjà les signes extérieurs de football. Des cohortes de fans drapés de vert, d’orange, de blanc, des tentes à bière, d’immenses drapeaux accrochés à flanc de colline. Dans le stade, c’est encore mieux : ce soir d’Éire-Allemagne, il régnait comme une ambiance du Lansdowne Road dublinois et du Westfalenstadion de Dortmund. Loin, bien loin de l’atmosphère feutrée du Sapporo Dome, le stade de Kashima respire le foot. Ici, dans cette ville industrielle du nord de Tokyo, siège de l’une des meilleures équipes nippones où le Brésilien Zico finit sa carrière, la Coupe du monde a bel et bien débuté. Bien avant l’ouverture des débats, le stade avait commencé à s’esbaudir. Devant les arabesques des quatre équipes de bambins ayant pris possession de la pelouse, mais surtout devant les buts du Japon face à la Belgique de la veille, rediffusés sur grand écran mais que l’on croyait vivre en direct. Tonnerre irlandais Puis, au moment où les Irlandais se regroupaient dans leur camp juste avant le coup d’envoi à la manière de joueurs de rugby, retentit, hurlé comme un seul homme par 5 000 fans, le fameux You’ll newer walk alone des fans de Liverpool. « On le chantera, c’est sûr. C’est un chant de l’immigration, un chant de ceux qui sont venus de loin », avaient promis en chœur Caroline, Jimmy et Brian, venus avec 19 autres membres de leur famille de Dundalk, au nord de Dublin. « Cela coûte cher d’être ici, c’est vrai. Mais c’est une fois tous les quatre ans. Et encore : nous ne sommes pas toujours qualifiés », lance Jimmy. Un maillot du Sachsen Leipzig sur les épaules, Jens s’est aussi ruiné pour ce Mondial. « Je viens de l’ex-RDA et la Coupe du monde a longtemps été un rêve inaccessible », affirme-t-il dans le tumulte d’avant-match. Les 1 500 Allemands ne feront pas le poids devant les Irlandais déchaînés. Brandissant une kyrielle de drapeaux (florilège : « Irlande-Kimono », « Les bonnes années arrivent », « Je suis fou du fantastique Duff »), ils repartiront de plus belle dès après le but de l’Allemand Miroslav Klose. À ces chants d’insulaires répondaient quelques odes continentales à Oliver Kahn et Rudi Voeller. Autant dire de la peccadille face au tonnerre qui descendit des travées irlandaises de Kashami lors de l’égalisation de Robbie Keane et qui jamais ne cessa. Les États-Unis créent la surprise aux dépens du Portugal La fraîcheur physique et le collectif des Américains ont fait la différence devant une équipe portugaise bâtie sur des individualités et fatiguée, battue à la surprise générale (3-2) lors de l’entrée en lice des deux pays dans le Mondial 2002 de football (groupe D), hier à Suwon. Les Américains, derniers du Mondial 98 en France, ont ainsi réalisé la deuxième plus grosse sensation après la défaite de la France face au Sénégal (1-0) en match d’ouverture. Ils ont cueilli à froid les favoris de la rencontre, troisièmes de l’Euro 2000, qui ont complètement raté leur retour dans un Mondial. À la 4e minute, McBride reprenait de la tête un corner de Stewart. Le ballon était repoussé par Vitor Baia, longtemps blessé à un genou et qui avait été préféré à Ricardo dans le but portugais, et O’Brien marquait à bout portant (1-0). Trois minutes plus tard, il y avait une nouvelle alerte devant le but de Vitor Baia, 32 ans, dont la première sélection remontait à il y a 12 ans contre... les États-Unis. Les protégés de Bruce Arena restaient dangereux face à une défense portugaise fébrile. Donovan héritait d’une balle côté droit et son tir était détourné par Jorge Costa dans le but de Baia (2-0, 30e). Les Portugais, touchés dans leur amour propre, commençaient à mettre la pression et étaient récompensés à la 39e minute par Beto, qui récupérait un ballon mal dégagé par O’Brien pour réduire le score (3-1). Les Portugais poursuivaient sur leur lancée en seconde mi-temps, les Américains se contentant d’opérer en contres. L’équipe d’Antonio Oliveira se créait des occasions par Pauleta ou Sergio Conceiçao, mais il lui fallait attendre l’aide du défenseur américain Agoos, qui trompait son propre gardien sur un centre de Pauleta, pour réduire encore le score à la 71e minute (3-2). Les Portugais jetaient alors toutes leurs forces dans la bataille, mais les Américains défendaient avec abnégation pour assurer une victoire inattendue. « Tout était mauvais » Cette défaite des grands favoris de la rencontre, qui effectuaient leur retour dans un Mondial après leur dernière participation en 1986, a été ressentie comme un « coup dur par toute l’équipe », a admis la vedette du onze lusitanien, Luis Figo. « Menés 3-0, nous ne savions pas comment réagir. Le match était mauvais, le résultat était mauvais, tout était mauvais », a déclaré un Figo dépité, bien muselé par une défense américaine qui s’est battue avec abnégation. L’entraîneur Bruce Arena, qui avait laissé sur le banc le capitaine Claudio Reyna et le buteur Clint Mathis, blessés ou un peu justes, a rappelé que l’équipe avait entamé sa préparation en décembre. En revanche, l’équipe du Portugal, dont bon nombre de joueurs ont effectué une saison harassante, ne s’est retrouvée que depuis quelques semaines. Vitor Baia fébrile « Nous nous attendions à ce qu’ils soient plus en forme que nous », a souligné l’entraîneur du Portugal, Antonio Oliveira, qui avait qualifié l’équipe pour le Mondial sans la moindre défaite. « Ils se préparent depuis six mois. Leur jeu physique nous a causé des problèmes », a-t-il insisté. Une excuse que n’admet pas Figo. « Ce n’est pas le jeu physique des Américains qui a fait la différence mais nos propres faiblesses. Nous avons commis des erreurs qui ne sont pas permises à ce niveau ». Bien sûr, Figo ne le dira pas, mais l’un des points faibles a été sans conteste le gardien de but Vitor Baia, 32 ans, longtemps absent des terrains pour blessure, préféré à Ricardo, 25 ans, qui avait pourtant disputé les éliminatoires. Le premier but dès la 4e minute marqué par John O’Brien était consécutif à un ballon mal repoussé par le portier portugais, qui s’est montré à plusieurs reprises fébrile, comme toute sa défense d’ailleurs. Mais rien n’est définitivement perdu pour les Portugais et rien définitivement gagné pour les Américains. « Nous devons encore prendre des points » pour passer le premier tour, a mis en garde Bruce Arena. Et la Corée du Sud, victorieuse mardi 2-0 face à la Pologne, soutenue par tout un peuple, sera un adversaire « difficile ». « Nous n’avons pas d’autre option que de gagner les deux prochains matchs », a déclaré pour sa part Oliveira, dont l’équipe rencontrera lundi la Pologne. La Russie bat laborieusement la Tunisie La Russie a laborieusement battu 2 à 0 une équipe de Tunisie au potentiel limité, hier à Kobe pour le compte du premier tour (groupe H) du Mondial 2002 de football. La rencontre débutait sur un rythme alerte. Valery Karpin frappait un puissant coup franc des 20 mètres bien renvoyé des deux poings par le portier tunisien Ali Boumnijel (2e min), tandis que Adel Sellimi ne pouvait reprendre du bout du pied un ballon mal repoussé par le gardien russe Ruslan Nigmatullin (4). Puis, peu à peu, la Russie prenait le match à son compte, alternant jeu long et court, avec des reboublements de passes qui contraignaient les « Aigles de Carthage » à se replier devant leur but avec un double rideau défensif. Sur une frappe de Andrei Solomatin, Boumnijel relâchait la balle avant de la reprendre in extremis devant Ruslan Pimenov qui s’était jeté (15). Les Russes se donnaient toutefois des sueurs froides quand leurs deux défenseurs Yuri Kovtun et Yuri Nikiforov se bousculaient et manquaient de marquer contre leur camp sous la pression des attaquants de poche tunisiens (21). Le tempo de la partie s’abaissait à la demi-heure de jeu, à l’exception d’une balle de Egor Titov, servi par un excellent Karpin, qui frôlait le poteau droit tunisien juste avant la mi-temps. L’ouverture du score venait finalement d’une mauvaise relance à la main de Boumnijel, bien exploitée par les Russes en deux passes et une lourde frappe de Titov (59). L’après-midi des Tunisiens virait alors au cauchemar : Karpin transformait un penalty après une faute de Radhi Jaïdi sur Dmitri Sychev (64). Les Tunisiens tentaient bien de réagir en misant sur leur vivacité, mais leur naïveté ne pesait pas lourd face à une défense alignée sous les ordres de l’expérimenté capitaine russe Viktor Onopko (32 ans). La dernière occasion était même russe, mais Sychev ratait le cadre alors que Boumnijel avait déserté son but sur une sortie maladroite.
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