Le football a débarqué au Japon il y a plus d’un siècle à Yokohama, mais ce grand port cosmopolite, où se tiendra la finale du Mondial 2002 le 30 juin, est partagé entre son intérêt récent pour le ballon rond et son amour pour le base-ball. « On ne ressent pas encore la fièvre du Mondial. Je ne sais pas si cela va s’enflammer après le coup d’envoi », s’interroge Yuichi Araki, 35 ans, fan de foot et propriétaire d’un bar non loin de l’énorme stade de Yokohama (72 370 places). En dépit d’un démarrage assez lent, les responsables japonais continuent de penser que le premier Mondial organisé en Asie, copiloté avec la Corée du Sud, va élargir l’audience du football dans l’archipel. « C’est ici que le football a ses racines, mais le Japon a démarré en retard sur d’autres pays et c’est encore une sorte de débutant », tempère M. Araki, en notant qu’il « y a beaucoup de supporteurs de base-ball » à Yokohama. Les Yokohama Bay Stars, champions de base-ball 1998, ont attiré en moyenne 24 000 spectateurs l’an passé à ses matches à domicile contre 20 600 pour les Yokohama Marinos (football). Une brochure municipale cite les mémoires du négociant anglais James Mollison, selon lesquels des marins britanniques introduisirent le football à Yokohama bien avant 1873. Roi d’Asie Le base-ball est officiellement arrivé au Japon en 1872 grâce à un enseignant américain à Tokyo et s’est rapidement répandu, d’abord comme sport des universités d’élite. Aujourd’hui, le Japon possède l’une des meilleures ligues professionnelles et a envoyé certaines de ses stars aux États-Unis, comme Ichiro Suzuki. Côté football, le Japon, 32e mondial et champion d’Asie à deux reprises en 1992 et 2000, a encore une longue route à faire, d’autant que la Ligue professionnelle n’a que neuf ans d’existence. Seul un petit nombre de joueurs ont le niveau international : Hidetoshi Nakata (Parme/Ita) et Shinji Ono (Feyenoord/P-B) notamment. La Fédération japonaise de football a pourtant été fondée très tôt, dès 1921, et en 1929, elle a rejoint la Fédération internationale (Fifa). Les progrès furent rapides et le Japon se fit même remarquer en 1936 en battant la Suède 3-2 aux Jeux olympiques de Berlin. Après les ravages de la Seconde Guerre mondiale, le Japon disputait pour la première fois en 1954 les qualifications pour le Mondial, mais il allait lui falloir 44 ans pour participer à une phase finale, celle de 1998 en France. Bilan : 3 défaites en autant de rencontres, 4 buts encaissés contre 1 seul marqué. Le football n’a commencé à être populaire qu’en 1964 lors des JO de Tokyo et de la victoire 3-2 contre l’Argentine, sous la houlette de l’Allemand Detmar Cramer, qui allait mener le Japon jusqu’à la médaille de bronze olympique à Mexico en 1968. En 1993, l’opulente communauté d’affaires avait déversé des flots d’argent sur le football à la création de la Ligue professionnelle, attirant des stars comme le Brésilien Zico ou le Britannique Gary Lineker, et des entraîneurs de renom (Arsène Venger, Ossie Ardiles...). La Ligue, en déclin au début des années 90, a repris de l’allant depuis l’obtention du Mondial-2002. Mais Philippe Troussier, entraîneur de la sélection nippone, a récemment mis en garde contre le risque que le soufflé ne retombe. Selon le président de la Fédération, Shunichiro Okano, il y avait en 2000, 140 000 étudiants enregistrés comme joueurs de football contre 120 000 pour le base-ball. Et son successeur, Saburo Kawabuchi, 65 ans, a promis de poursuivre le programme sur 100 ans qui est de « poser de l’herbe sur tous les terrains de football d’écoles et de clubs. » À Pusan, « chasser les esprits malins » Le son des tambours traditionnels coréens retentit depuis le terrain et, amplifié par le toit translucide, enveloppe le stade d’un énorme brouhaha. Quatre jeunes écoliers en blouse blanche courent autour du rond central, tandis que des serpentins jaunes virevoltent au-dessus de leurs têtes et que des dizaines de fillettes déguisées en poissons longent la ligne de touche. Au stade de Pusan, on répète. Dimanche, avant la rencontre du groupe B entre le Paraguay et l’Afrique du Sud, ces enfants réitéreront le même spectacle vingt minutes durant devant des dizaines de milliers de spectateurs. Il s’agit, affirment les organisateurs, de « chasser les esprits malins » et porter chance au Mondial disputé en juin en Corée du Sud et au Japon. Cette chance, ils espèrent qu’elle durera jusqu’au premier match de la Corée du Sud, deux jours plus tard contre la Pologne. « Les gens commencent à être très excités pour la Coupe du monde », assure Kim Hae Kyoung, un étudiant en commerce. « J’étais dans un restaurant avec des amis lors du match amical entre la Corée et la France (2-3), et personne n’était concentré sur le repas ou sur la conversation. Seule la rencontre les intéressait. » Serait-ce un avant-goût de la « fièvre du Mondial » tant de fois annoncée par les responsables de la Fédération internationale de football (Fifa) ou les organisateurs locaux ? Pas si sûr. La fièvre du Mondial Si le magnifique stade de Pusan, un dôme blanc colossal prévu pour 54 000 spectateurs et qui ressemble, à s’y méprendre, à un vaisseau spatial, semble construit pour abriter l’enthousiasme, la « fièvre du Mondial » faiblit au fur et à mesure qu’on s’en éloigne. Dans le centre de cette ville portuaire, peu de signes permettent de comprendre que Pusan est l’un des 20 sites où se jouera à compter de demain la Coupe du monde de football. Certes, les autobus arborent des autocollants qui proclament que « la Corée souhaite la bienvenue au monde ». Mais c’est tout. Pas de drapeaux, pas d’affiches, pas d’écharpes et pas de T-shirts aux couleurs des équipes qualifiées. Pour l’heure, ce Mondial asiatique ne ressemble guère dans les rues à ses prédécesseurs européens ou latino-américains. Les marchands de rue vendent, comme d’habitude, des montres, des téléphones portables, des lunettes de soleil et de la nourriture coréenne épicée, mais pas la panoplie du parfait supporteur. « Je crois que les gens regarderont les matches, mais chez eux en privé », confie Choi Tae Sung, vendeur dans un magasin de chaussures du centre-ville. « Pour ma part, je regarderai les matches de la Corée, les autres ne m’intéressent pas tant que ça. Peut-être regarderai-je la France, car ils sont les tenants du titre. » Pusan, ville accueillante, n’est pas réellement habituée aux invasions de supporteurs étrangers qui vont de pair avec la Coupe du monde. Sur quatre millions d’habitants, elle ne compte que 15 000 étrangers et, en dépit de ses plages, elle n’accueille que 1 500 touristes étrangers par an. Pour prendre le véritable pouls de la population locale, il faudra donc probablement attendre mardi prochain et une éventuelle première victoire de la Corée du Sud dans un match de la phase finale du Mondial. La gazette du Mondial l Tabagisme. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a distingué la Fédération internationale de football pour une campagne contre le tabagisme au cours d’une cérémonie lors du Congrès ordinaire de la Fifa à Séoul. Pour la première fois à l’occasion du Mondial 2002 en Corée du Sud et au Japon, fumer n’est autorisé que dans des zones spécialement prévues à cet effet. Aucun produit de tabac ne peut être vendu dans les stades. En outre, on a renoncé à toute publicité pour le tabac dans le cadre de la Coupe du monde. En revanche, des spots pendant des matches vont insister sur les dangers du tabac. Seuls les entraîneurs échappent à l’interdiction générale de fumer. Cependant, les règles de la Fifa ne prévoient pas de sanctions à l’encontre de sélectionneurs fumeurs. l Pop star. Les joueurs de la « Mannschaft » ont eu la visite mardi de la vedette pop allemande « Sasha ». Cette idole des ados a composé le générique de l’émission quotidienne sur le Mondial proposée par la télévision privée SAT.1. Supporteur de Dortmund, il n’a pas manqué de saluer les deux internationaux du Borussia, Sebastian Kehl et Christian Metzelder. l Paix. La Colombie n’est pas au Mondial, mais son plus célèbre supporteur, « El Colé », coiffeur à Barranquilla le plus souvent déguisé en oiseau sur les stades de son pays, est arrivé mardi matin au Japon via Paris après 23 heures de vol. Vêtu d’un gilet aux trois couleurs du drapeau colombien, arborant une coiffure en forme de pagode et un cœur teint en rouge sur l’arrière du crâne, il comptait bien apporter son « message de paix » à sa quatrième Coupe du monde en tant que spectateur. Son seul souci, a-t-il confié à l’AFP, était de convaincre les autorités d’immigration japonaises de le laisser entrer en leur présentant son impressionnant album de souvenirs, plein de photos et de coupures de presse. l Plus ou moins. Les métros et tramways de Séoul, Incheon et Suwon, trois des villes sud-coréennes accueillant des matches du Mondial 2002, feront des heures supplémentaires les veilles et jours de matches en assurant les transports de passagers jusqu’à 02h00 du matin contre 23h30 habituellement. En revanche, les aéroports de Daegu et de Gwangju, deux des autres sites, seront fermés au trafic deux heures avant et une heure après les matches. Ils sont en effet situés dans un rayon de 10 km autour des terrains de jeu, une zone déclarée interdite d’accès aux aéronefs non officiels au moment des matches en vertu du dispositif antiterroriste. l Ballons. L’équipementier allemand Adidas a offert 100 000 ballons à la Fédération internationale de football (Fifa), a annoncé le président de la Fifa, Joseph Blatter, à l’ouverture du congrès ordinaire de la Fédération à Séoul. Ces ballons vont être distribués aux 15 pays bénéficiant du programme de développement Goal de la Fifa. M. Blatter a en outre symboliquement donné un ballon aux Fédérations de l’Afghanistan et du Timor-Oriental. l Ballons (bis). Les importations japonaises de ballons ont bondi de 43,4 % l’an dernier et ont atteint 3,7 milliards de yens grâce à la popularité du Mondial 2002, ont indiqué les services douaniers mardi. « Il n’y a aucun doute que la fièvre du Mondial a eu un impact sur cette hausse », a précisé un responsable des douanes de Nagoya (centre), qui a publié ces statistiques. Dans la seule ville de Nagoya, les ballons de football ont représenté la moitié des importations locales, selon le responsable. Environ 62 % des ballons arrivant au Japon passent par le port de Shimizu, dans la préfecture de Shizuoka, la capitale japonaise du football. La Chine a été le principal pays fournisseur de ballons, suivie de la Thaïlande et du Vietnam, selon les douanes nippones.
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