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MUSÉE Les fantômes d’Ellis Island (photos)

Le 10 juin 1900, Michael Saliba, 14 ans, débarque du paquebot La Gascogne dans le port de New York. Cent deux ans plus tard, les yeux de sa petite-fille Cathy brillent en voyant apparaître, sur l’écran d’ordinateur, son nom dans le manifeste des passagers. Comme des milliers d’Américains en personne et des millions via l’Internet, Cathy Saliba a accosté sur l’île Ellice, qui abrite le Musée national de l’immigration, à quelques encablures de la statue de la Liberté, à la recherche de ses racines. De 1892 à 1924, 22 millions d’immigrants sont arrivés en Amérique par Ellis Island, centre de transit et d’enregistrement à l’entrée du Nouveau Monde. Aujourd’hui, 40% de la population américaine a au moins un ancêtre passé, panier d’osier à la main, par ces grandes salles carrelées de blanc. L’une des ailes du musée abrite depuis un an l’American Family Immigration History Center : 37 serveurs informatiques dans lesquels ont été saisis, grâce au travail de milliers de volontaires mormons, les détails des manifestes des quelque 800 navires à bord desquels les immigrants ont traversé l’Atlantique en quête d’une vie meilleure. Les Américains, passionnés de généalogie, peuvent accéder 24 heures sur 24 à ces registres sur le site Web du centre (www.ellisislandrecords.org) ou venir sur place mener leurs recherches sur l’une des 41 stations de travail, ce que font 200 personnes en moyenne chaque jour. « Mon grand-père venait de Beyrouth, vous voyez, il est passé par Le Havre », explique Cathy Saliba, une Californienne en visite à New York, en désignant du doigt la ligne manuscrite, à peine lisible. « C’est vraiment extraordinaire de voir son nom écrit à la main comme çà. Je vais maintenant continuer les recherches en ligne. Mon père va être si heureux de voir çà! » . Contre 5 dollars pour 35 minutes de recherche, il est possible d’obtenir un fac-similé du registre. Pour 25 dollars supplémentaires, une vue du paquebot. Contre une adhésion de 45 dollars, vous pouvez créer votre cyber-album généalogique familial avec ces documents plus des photos que vous scannez sur place et même des enregistrements audio. Le succès du site Internet a été tel qu’au cours des premiers mois il a été quasiment inaccessible. Les capacités informatiques ont été augmentées : plus de 2,3 milliards (milliards !) de connexions ont été enregistrées depuis l’ouverture du centre, le 17 avril 2001. « Des gens mettaient leur réveil à 03h00 du matin pour se connecter et n’y parvenaient pas », sourit Catherine Daly, directrice du centre. « Mais tout va bien maintenant ». « Nous avons des gens de plus de 80 ans qui viennent en personne voir leur nom sur les manifestes, poursuit-elle. Ils pleurent souvent, c’est très émouvant. Des familles entières autour des ordinateurs : les jeunes au clavier, les vieux derrière. Les petits-enfants demandent : “Grand-mère, ces gens-là, tu les connaissais ?” Cela révèle aussi parfois des secrets de famille : des oncles ou des tantes qui sont arrivés ensemble, puis ont disparu dans l’immensité de l’Amérique. Des gens qui se sont mariés des années après leur passage ici, dont on découvre qu’ils s’étaient enregistrés comme déjà mariés dans leur pays d’origine ! Tous les registres de bord étaient conservés par les Archives nationales, mais ils ont été détruits en 1950 pour être transformés en pâte à papier, dont le pays manquait cruellement. Ils avaient auparavant été recopiés sur 3 685 microfilms, ce qui a permis à quelque 12 000 bénévoles mormons, en 5,6 millions d’heures de travail, d’informatiser toutes les données. Captivée par l’écran, Anne Parker, une collégienne de 17 ans venue avec sa classe d’une petite ville d’Alasaka, écoute la voix enregistrée lui dire : “Voici l’original du manifeste de bord. Votre passager apparaît à la ligne.” C’est mon arrière grand-père. Il venait de Suède. C’est géant de voir çà. Une partie de moi est ici . »
Le 10 juin 1900, Michael Saliba, 14 ans, débarque du paquebot La Gascogne dans le port de New York. Cent deux ans plus tard, les yeux de sa petite-fille Cathy brillent en voyant apparaître, sur l’écran d’ordinateur, son nom dans le manifeste des passagers. Comme des milliers d’Américains en personne et des millions via l’Internet, Cathy Saliba a accosté sur l’île Ellice, qui abrite le Musée national de l’immigration, à quelques encablures de la statue de la Liberté, à la recherche de ses racines. De 1892 à 1924, 22 millions d’immigrants sont arrivés en Amérique par Ellis Island, centre de transit et d’enregistrement à l’entrée du Nouveau Monde. Aujourd’hui, 40% de la population américaine a au moins un ancêtre passé, panier d’osier à la main, par ces grandes salles carrelées de blanc....