Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

IMPRESSION Le temps des cerises

Nous y voici, au mois de mai joli. Tout arrive toujours trop vite, surtout les saisons intermédiaires, auxquelles on n’est jamais suffisamment préparé. Que ferez-vous ce week-end ? Hiver-été dans les armoires, quelques carrés de peau au soleil, histoire de changer de couleur. C’est vrai qu’il a du mal à s’accrocher, le soleil, cette année. Pour la chasse aux acariens, on attendra que l’éclaircie s’installe. Mais encore, « le fond de l’air est frais » : la plus jolie phrase de la langue française, avait confié Hector Bianciotti à Bernard Pivot. Miracle du mois de mai que de vous faire sentir le fond de l’air, sa petite arrière-pensée, sa dimension d’hiver dans un germe d’été. C’est que dans les montagnes, quelques plaques de neige se déchirent encore aux aiguilles des sapins alors que déferlent plus bas les torrents de la fonte. Ils roulent les galets dans un grondement joyeux alors qu’affleure la marne arrachée aux ornières, et qu’elle mêle sa rousseur au bouillonnement blanc, comme dans une pub de chocolat. Et tout ce vert autour qui fuse d’un semis inconnu, promesse de coquelicots ou de pervenches. Il grimpe jusqu’aux murets des maisons de vacances, où les roses trémières fleurissent pour personne. Merles et grives ont le bec rougi du suc astringent des cerises. Celles-ci, nul ne viendra encore les cueillir. Mai les invente pour faire rêver les citadins et s’ébaudir les oiseaux. Dans les cours des écoles, les enfants glanent des pissenlits dont ils sucent les tiges acidulées. Ils ont écrasé des bourgeons de capucines et leurs baisers, au retour, embaument encore la vive éclaboussure qui les fit rire dans un baptême de printemps. Sur le sable des plages, les mollusques échoués habitent encore leurs coquilles. De fières limaces de mer roulent des bleus et des oranges entre la terre et l’eau, et quel est le nom aquatique de leurs éventails ? Le friselis des vagues chahute une faune irréelle qui, dès l’été, prendra le large ou sèmera ses débris sous les pieds nus des nageurs. Voici donc le mois de mai, avec ses élans irrépressibles et toute la sève qui monte sans savoir vers quoi, et tout, qui naît et grouille et bouge et bourgeonne, et le désordre joyeux de la vie qui ne se retient plus. Il y en eut, des printemps des peuples, des printemps de Prague et des Mai 68, et des révolutions qui couvaient sous les glaces de l’inertie en attendant le dégel de mai. Cerises de mai, à nulles autres pareilles. Et nous, quand le reverrons-nous, le temps des cerises ? Fifi ABOUDIB
Nous y voici, au mois de mai joli. Tout arrive toujours trop vite, surtout les saisons intermédiaires, auxquelles on n’est jamais suffisamment préparé. Que ferez-vous ce week-end ? Hiver-été dans les armoires, quelques carrés de peau au soleil, histoire de changer de couleur. C’est vrai qu’il a du mal à s’accrocher, le soleil, cette année. Pour la chasse aux acariens, on attendra que l’éclaircie s’installe. Mais encore, « le fond de l’air est frais » : la plus jolie phrase de la langue française, avait confié Hector Bianciotti à Bernard Pivot. Miracle du mois de mai que de vous faire sentir le fond de l’air, sa petite arrière-pensée, sa dimension d’hiver dans un germe d’été. C’est que dans les montagnes, quelques plaques de neige se déchirent encore aux aiguilles des sapins alors que déferlent...