Le président palestinien Yasser Arafat fait face depuis le début de la semaine à des pressions intérieures croissantes pour des réformes. Dès lundi, cinq jours après la levée du siège que l’armée israélienne lui imposait à Ramallah, M. Arafat prêtait le flanc à des appels palestiniens, plaidant pour davantage de démocratie, de transparence, ainsi que pour de nouvelles élections et un remaniement en profondeur de son gouvernement. Cette volonté de changement s’était exprimée de façon houleuse dans la nuit de vendredi à samedi au cours d’une réunion de la direction palestinienne. Après ces débats, le ministre des Affaires parlementaires Nabil Amr avait indiqué qu’il démissionnait pour n’avoir pu obtenir la nomination d’un gouvernement provisoire. Néanmoins, quelques heures après cette démission, M. Arafat a mis en place une commission chargée d’élaborer des réformes au sein de l’Autorité. Pour Saïd Zidani, directeur de la Commission palestinienne indépendante pour les droits des citoyens, il y a urgence et M. Arafat «doit faire un geste véritable très rapidement». «Nous avons deux buts, dit-il : Nous voulons un État national viable à côté d’Israël et, en même temps, nous voulons être assurés que cet État palestinien soit une véritable société démocratique. Nous voulons de véritables réformes, pas un nouveau partage du gâteau». Selon lui, «il faut que les Palestiniens réfléchissent à ce qu’ils veulent être et que les dirigeants en tiennent compte». Pour beaucoup en effet, il est primordial de redéfinir l’Autorité palestinienne, à genoux après 19 mois d’intifada, pour lui permettre de négocier en bonne position si le projet de conférence de paix internationale sur le Proche-Orient à l’été voit le jour. M. Sharon, qui tient le président palestinien pour personnellement responsable des violences anti-israéliennes, est arrivé à Washington avec des documents des services de renseignements israéliens accusant M. Arafat d’avoir détourné des fonds de l’Union européenne (UE) destinés à l’Autorité palestinienne pour financer les activités de 500 Palestiniens responsables d’attentats anti-israéliens. La conseillère pour la sécurité nationale de la Maison-Blanche Condoleezza Rice a semblé abonder dans le sens de M. Sharon, déclarant dimanche que «la direction palestinienne qui est en place (...) n’est pas la sorte de direction qui peut conduire à l’État palestinien dont nous avons besoin». Le principal négociateur palestinien Saëb Erakat a beau avoir reconnu que le temps des réformes était venu, annonçant «d’importants changements» pour «les prochaines semaines», d’autres voix se sont fait entendre. Ainsi, le chef de la Sécurité préventive pour la bande de Gaza Mohammed Dahlane a plaidé pour «une nouvelle stratégie» permettant d’«affronter Sharon», en cas de conférence internationale. M. Zidani, lui, détaille les points qu’il souhaite voir aborder par la commission de réformes. «Nous demandons des réformes qui renforcent l’État de droit, l’indépendance de la justice, le respect des droits de l’homme. Nous demandons une démocratisation de la vie politique et des élections syndicales, législatives et présidentielle», dit-il. Il y a un désir populaire croissant de changements rapides, ajoute-t-il, soulignant que les Palestiniens se demandent quelle sera la manière dont M. Arafat réagira à la nouvelle donne créée par l’offensive israélienne d’avril. «On ne peut pas continuer comme si rien ne s’était passé, ajoute-t-il, nous voulons un gouvernement différent (...) Nous voulons qu’il fasse ce à quoi il s’est engagé. Nous ne voulons pas d’un dirigeant autocratique», ajoute-t-il.
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