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Actualités - Opinion

IMPRESSION Mots tus, mots dits

Après – ou en même temps que – «terrorisme», «nationalisme» est le mot du nouveau débat. Demain, une partie de la France devra renier son vote kamikaze, revenir sur sa tentation honteuse de se jeter dans le giron dangereux de l’extrême droite. Pourquoi l’a-t-elle fait dans un premier temps ? La question qui tue ! Tout le monde a quelque chose à dire là-dessus. À commencer par les psy qui diagnostiqueront un appel au secours. On a vu, dans les années quatre-vingt-dix, la générosité des intellectuels français portée à un tel paroxysme que sur la liste des mots honteux figuraient «valeurs morales» – assimilées à des valeurs chrétiennes/bourgeoises/paternalistes –, mais également «la Marseillaise», chant subversif s’il en est puisqu’il appelle à abreuver les sillons de la France d’un mystérieux «sang impur». Le «patriotisme» inspirait une nausée pétainiste qui le détournait de sa valeur d’héritage à cultiver. Le nom même de la «France» était à éviter dans un discours de gauche où il semblait représenter la forme d’ostracisme la plus scandaleuse. Il y eut de longs débats sur le droit d’asile, le droit de terre et le droit de sang. Et dans cette quête d’une gestion plus juste de l’immigration, une faille où se sont engouffrées des populations assoiffées de tout et surtout de droits. Peut-être, dans cet élan, avait-on oublié de leur lire leurs devoirs ? Peut-être manquait-il déjà aux français, ce mot de «France» qu’ils ont mérité par tant de sursauts de leur histoire. Peut-être avaient-ils besoin de vibrer à nouveau aux accents de la Marseillaise que d’aucuns s’étaient permis de huer, les intéressés eux-mêmes y ayant prêté le flanc ? Après tout, quel qu’en soit le discours, la Marseillaise raconte d’abord un épisode de la Révolution française, mère des droits de l’homme autant que d’une certaine grandeur de la France. Le Pen a compris cette nostalgie, premier à la resservir à tous ces Français en manque de France au premier tour, et si le diable ne connaît pas les ficelles de la séduction… Aussitôt, les intellectuels et les artistes, réunis sur la place du Trocadéro, ont brandi les trois couleurs qui ont échappé à Benetton. Ils ont entonné la partition de Rouget de Lisle dans sa version originale (ni Gainsbourg, ni reggae, ni jazz, ni house). Et sans pousser le bouchon jusqu’à réclamer «la France aux Français», ils ont tenté dans un dernier sursaut de conscience de récupérer les mots qu’ils avaient jetés aux orties de l’extrême droite et qui ont fait sa fortune. À force de refouler leur vocabulaire identitaire, les Français semblent aujourd’hui victimes des mots tus. Reste à réhabiliter ces mots, à leur donner une nouvelle jeunesse, une acception intelligente, à les intégrer dans la générosité d’un langage d’ouverture sans lequel ils ne seraient pas français. À condition que l’on continue à proscrire «impossible» ! Fifi ABOUDIB
Après – ou en même temps que – «terrorisme», «nationalisme» est le mot du nouveau débat. Demain, une partie de la France devra renier son vote kamikaze, revenir sur sa tentation honteuse de se jeter dans le giron dangereux de l’extrême droite. Pourquoi l’a-t-elle fait dans un premier temps ? La question qui tue ! Tout le monde a quelque chose à dire là-dessus. À commencer par les psy qui diagnostiqueront un appel au secours. On a vu, dans les années quatre-vingt-dix, la générosité des intellectuels français portée à un tel paroxysme que sur la liste des mots honteux figuraient «valeurs morales» – assimilées à des valeurs chrétiennes/bourgeoises/paternalistes –, mais également «la Marseillaise», chant subversif s’il en est puisqu’il appelle à abreuver les sillons de la France d’un mystérieux...