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Actualités - Chronologie

SCIENCE - L’aventurier du « Kon-Tiki » est mort d’un cancer du cerveau à 87 ans Thor Heyerdahl a « rejoint le crépuscule »(PHOTOS)

L’explorateur norvégien Thor Heyerdahl, baroudeur infatigable, dont l’un des hauts faits fut de traverser le Pacifique Sud sur un radeau, le Kon-Tiki, est arrivé au bout de son dernier voyage jeudi soir en Italie, où il s’est éteint à l’âge de 87 ans. Atteint d’un cancer du cerveau incurable, mais fidèle à son habitude de ne jamais céder le gouvernail à quiconque, Heyerdahl a délibérément décidé de «rejoindre le crépuscule», selon sa propre expression, en renonçant la semaine dernière à tout traitement médical. Né le 6 octobre 1914 à Larvik (sud de la Norvège) dans la famille d’un brasseur, cet adversaire farouche du conformisme a toujours vécu comme bon lui semblait, relevant les paris les plus fous et ignorant les nombreuses critiques que ne manquaient pas de soulever ses méthodes non conventionnelles. Enfant, alors qu’il siège encore sur les bancs de l’école primaire, Thor ouvre son propre petit musée zoologique, avec le soutien de sa mère, férue elle aussi de sciences naturelles, et les deniers de son père. Après des études de biologie et de géographie à Oslo, il se rend, à 22 ans, dans l’archipel polynésien des Marquises pour y étudier la faune et la flore. C’est alors que germe dans son esprit l’idée selon laquelle les populations locales pourraient être originaires d’Amérique latine et pas seulement d’Asie du Sud-Est comme le veut la thèse dominante. Pour le prouver, il embarque en 1947 à bord du Kon-Tiki, un radeau en balsa, et, accompagné de cinq hommes, il relie en 101 jours les 8 000 kilomètres séparant le Pérou et la Polynésie. Un savant controversé Le film de la traversée lui vaut un Oscar tandis que le livre racontant l’épopée est traduit en 67 langues. Thor Heyerdahl devient alors un spécialiste des migrations de peuples n’ayant pas laissé de traces écrites. En 1969, à bord du Ra, un autre radeau, construit en tiges de papyrus cette fois et arborant le pavillon de l’Onu, il entreprend de traverser l’Atlantique pour démontrer que les Égyptiens auraient pu avoir des contacts avec l’Amérique bien avant la découverte de ce continent par les Vikings et Christophe Colomb. Le bateau fait naufrage mais Heyerdahl bâtit Ra-2 avec l’aide des Indiens boliviens du lac Titicaca et réussit sa traversée l’année suivante. Puis, en 1977, sur un grand bateau en panneaux de roseaux, le Tigris, il tente de prouver que les Sumériens, par la seule force du vent et des courants, auraient pu partir de la ville irakienne de Bassora et atteindre l’Inde et l’Afrique quelque 3 000 ans avant Jésus-Christ. Les expéditions continuent de s’enchaîner, qui l’emmènent aux Maldives, dans l’Île de Pâques ou encore au Pérou. Il finit par s’établir à Tenerife, aux Canaries, où il s’occupe d’anciennes pyramides mystérieuses. Comptant parmi les Norvégiens les plus célèbres, il est aussi l’un des savants les plus controversés. L’an dernier, à 86 ans, il entreprend de retrouver l’un des berceaux de la civilisation Viking près de la mer d’Azov, dans le sud-ouest de la Russie. «Je n’ai rien d’autre à faire et les retraites en Norvège sont de toute façon trop modestes pour que l’on s’en satisfasse», explique-t-il alors. Selon lui, Odin, dieu de la mythologie nordique, aurait bel et bien existé sous les traits d’un chef guerrier parti d’Asie centrale il y a 2 000 ans. «Autant creuser pour retrouver le jardin d’Éden», fait aussitôt remarquer un universitaire norvégien. Mais, au fil des années, la peau de Heyerdahl est devenue suffisamment dure pour résister aux flèches des critiques. «Cela rend les choses un peu plus sport», rétorque-t-il, amusé. Après des décennies passées aux quatre coins du globe, c’est au milieu des siens, dans la résidence que possède sa troisième femme – la Française Jacqueline Beer – dans la petite ville italienne d’Alassio, que l’explorateur a choisi de vivre ses dernières heures. Il laisse derrière lui quatre enfants, huit petits-enfants et six arrière-petits-enfants. Le 7 août 1947, les hommes du « Kon-Tiki » entrent dans la légende Amaigris et exténués, six hommes posent enfin le pied sur la terre ferme de l’île polynésienne de Raroia en ce 7 août 1947, au terme d’une traversée de 101 jours que tout le monde ou presque croyait impossible. L’équipage du radeau Kon-Tiki entre dans la légende. Son capitaine, le Norvégien Thor Heyerdahl, lui, sourit car, en réussissant son pari, l’explorateur-anthropologue fait un pied de nez à ceux, nombreux, qui prédisaient son échec. Le pari, il est vrai, était risqué : traverser l’océan Pacifique, depuis le Pérou, sur une embarcation construite, selon la tradition andine, en balsa afin de démontrer que les archipels polynésiens avaient pu être peuplés par des Amérindiens. Dix ans plus tôt, Heyerdahl recueille cette légende aux îles Marquises selon laquelle les ancêtres des Polynésiens sont arrivés sur des bateaux plats, guidés par le dieu Tiki (Soleil), qui n’est pas sans rappeler le dieu solaire Kon-Tiki célébré par les Indiens pré-incaïques. Pour en avoir le cœur net, Heyerdahl décide de rééditer la traversée dans les mêmes conditions qu’à cette époque. «Vous coulerez», le préviennent les experts, «car le balsa va se gorger d’eau». Mais, le Kon-Tiki ne coule pas... Il couvre, au contraire, vaillamment une distance de 8 000 kilomètres sans aucun moyen de navigation moderne. À bord, la vie s’organise autour d’une routine. Les six hommes – Heyerdahl et quatre autres Norvégiens ainsi qu’un Suédois sélectionnés notamment pour leur sens de l’humour – se relaient à la barre, quatre heures chacun. Le reste de la journée se découpe entre lecture, écriture, dessin, expériences et pêche, même si cette dernière activité n’est pas indispensable puisque les vagues ne cessent de rejeter des dizaines de poissons entre les rondins du radeau. Outre le poisson, les «naufragés» se nourrissent de rations militaires, de conserves et de 200 noix de coco. Les 11 hectolitres d’eau douce embarqués sont parcimonieusement distribués et, par mesure d’économie, légèrement dilués dans de l’eau de mer. Le périple, jalonné de rencontres merveilleuses avec de grandes baleines, des calamars géants et des requins, fait l’objet d’un documentaire, qui vaudra un Oscar à Heyerdahl, et d’un livre à succès, traduit en 67 langues. Pour l’aventurier norvégien, il s’agit également d’une leçon de la vie. «L’expédition du “Kon-Tiki” prouve que vous ne devez pas vous laisser démonter lorsque vous êtes convaincus de quelque chose, même si le monde entier est contre vous», affirme-t-il, cinquante ans après avoir réalisé son exploit. « Le gars souriant de Larvik » L’État norvégien «prendra en charge les frais des obsèques du navigateur Thor Heyerdahl», a déclaré le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik à Oslo. La décision du chef du gouvernement norvégien a été prise après que M. Bondevik eut parlé avec la famille du défunt, a précisé l’agence de presse norvégienne NTB. Personne ne connaît encore ni le lieu ni la date de l’enterrement du navigateur norvégien qui doit essentiellement sa renommée à une expédition qu’il avait dirigée en 1947. Accompagné de cinq hommes, il avait traversé l’océan Pacifique, reliant le Pérou à la Polynésie, en 101 jours à bord d’un radeau de balsa, le Kon-Tiki. C’est la famille qui décidera le lieu et la date de la cérémonie des funérailles, a indiqué un porte-parole du gouvernement norvégien. «Maintenant que Thor Heyerdahl a disparu, la Norvège a perdu un chercheur original et spectaculaire, un “trouveur” et un aventurier», a réagi le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik. «Il était le gars souriant de Larvik (ville du sud de la Norvège où Heyerdahl est né en 1914, NDLR) qui a conquis le monde sans jamais oublier d’où il venait», a ajouté M. Bondevik.
L’explorateur norvégien Thor Heyerdahl, baroudeur infatigable, dont l’un des hauts faits fut de traverser le Pacifique Sud sur un radeau, le Kon-Tiki, est arrivé au bout de son dernier voyage jeudi soir en Italie, où il s’est éteint à l’âge de 87 ans. Atteint d’un cancer du cerveau incurable, mais fidèle à son habitude de ne jamais céder le gouvernail à quiconque, Heyerdahl a délibérément décidé de «rejoindre le crépuscule», selon sa propre expression, en renonçant la semaine dernière à tout traitement médical. Né le 6 octobre 1914 à Larvik (sud de la Norvège) dans la famille d’un brasseur, cet adversaire farouche du conformisme a toujours vécu comme bon lui semblait, relevant les paris les plus fous et ignorant les nombreuses critiques que ne manquaient pas de soulever ses méthodes non...