Derniers venus, historiquement, dans la région, les États-Unis sont aujourd’hui une puissance incontournable pour le règlement des problèmes et des conflits du Moyen-Orient. L’intérêt des Américains pour la région remonte à la période de la guerre froide au cours de laquelle la Maison-Blanche armait ses gendarmes locaux, tel l’Iran, pour contenir la frontière méridionale du bloc soviétique. Autres intérêts majeurs d’une implantation dans la région, un libre accès aux ressources pétrolières à bon marché et un potentiel commercial civil et militaire des plus alléchants. La préservation de ces intérêts a été, et est toujours, tributaire de la stabilité régionale. Washington l’a bien compris qui, à chaque menace sérieuse sur l’équilibre régional, s’est empressé d’intervenir : de l’Iran en 1953 à la guerre du Golfe en 1990 en passant par le Liban en 1958 ou la Jordanie en 1970. Lors de son arrivée au pouvoir, George W. Bush avait annoncé la couleur : la ligne suivie au Proche-Orient sera celle de la non-intervention. C’était compter sans le 11 septembre. Si les États-Unis estimaient détenir toutes les justifications nécessaires pour lancer l’opération Liberté immuable contre les talibans et el-Qaëda, le soutien des pays arabes pour le bombardement de musulmans restait à gagner. D’où l’organisation par Washington, à l’époque, d’une tournée dans le Golfe. Les extrémistes afghans mis à terre, l’Irak est rapidement entré dans la ligne de mire du Pentagone. Mais le soutien arabe à un bombardement de Bagdad a un prix. Un prix que Dick Cheney a tenté de négocier lors de sa longue tournée au Moyen-Orient. Un prix assez simple à estimer : la paix, ou du moins l’apaisement, entre Israéliens et Palestiniens afin de retrouver une certaine stabilité régionale. Pour s’acquitter de cette obligation, Washington a cru qu’un soutien à l’initiative Abdallah suffirait. L’offensive israélienne en Cisjordanie a réduit ces espoirs à néant. Aujourd’hui, le prix de ce feu vert arabe est plus lourd à payer pour le président Bush puisqu’il requiert de sa part une implication franche et massive sur la scène proche-orientale. Un prix dont Washington ne peut éviter de s’acquitter pour garder ses principaux alliés arabes dans la région, telles l’Égypte et la Jordanie en butte actuellement aux manifestations de colère populaires. Cette réorientation est d’autant plus urgente qu’un nouveau front menace de s’ouvrir au Liban-Sud. Les ingrédients sont donc réunis pour provoquer un nouvel embrasement régional préjudiciable aux rêves américains «anti-Saddam». Face à ces dangers, Bush s’est vu contraint de monter au créneau et d’annoncer l’envoi de Colin Powell dans la région. Une tournée hautement représentative de la stratégie US puisque que le secrétaire d’État américain commence par consulter les régimes arabes alliés dans le but, déjà bien perceptible dans le discours du président US, d’en faire des parties prenantes au règlement du conflit. Par là, Washington tente clairement de retisser les liens arabo-américains. Mais sermonner pour la énième fois Yasser Arafat et rappeler à l’ordre «l’ami israélien» suffira-t-il à établir les bases d’un règlement du conflit ? Assurément pas, et de véritable politique proche-orientale, Bush n’en propose pas. Pourquoi ? Bush a une tendance assez prononcée au manichéisme. Meilleure illustration : la lutte antiterroriste : vous êtes avec nous ou contre nous. Le Bien ou le Mal. Entre le noir et le blanc, le gris ne semble pas entrer dans le vocabulaire géopolitique de la Maison-Blanche. Or le conflit israélo-palestinien relève essentiellement du domaine de la grisaille, un conflit auquel la conception «bushienne» ne peut s’appliquer. Il semble donc que pour pouvoir appliquer à l’Irak sa politique de lutte contre l’axe du mal, le président américain soit finalement contraint, à terme, de faire des concessions à sa propre théorie. Émilie SUEUR
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Derniers venus, historiquement, dans la région, les États-Unis sont aujourd’hui une puissance incontournable pour le règlement des problèmes et des conflits du Moyen-Orient. L’intérêt des Américains pour la région remonte à la période de la guerre froide au cours de laquelle la Maison-Blanche armait ses gendarmes locaux, tel l’Iran, pour contenir la frontière méridionale du bloc soviétique. Autres intérêts majeurs d’une implantation dans la région, un libre accès aux ressources pétrolières à bon marché et un potentiel commercial civil et militaire des plus alléchants. La préservation de ces intérêts a été, et est toujours, tributaire de la stabilité régionale. Washington l’a bien compris qui, à chaque menace sérieuse sur l’équilibre régional, s’est empressé d’intervenir : de l’Iran en...