Le ministre des Affaires étrangères Mahmoud Hammoud a reçu hier un message du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Un message que lui a remis le représentant personnel de ce dernier au Liban-Sud Staffan de Mistura et qui traduit la vive inquiétude ressentie à la Maison de verre en ce qui concerne la situation à la frontière israélo-libanaise. «Des développements inquiétants ont eu lieu le long de la ligne bleue : deux attaques du côté libanais – de la part du Hezbollah – ont été signalées, et elles ont à chaque fois donné lieu à une réplique israélienne. L’ensemble des attaques terroristes contre les civils israéliens, de même que les opérations militaires israéliennes, constituent tous deux des menaces sérieuses pour la sécurité et la stabilité de la région». À quoi le Liban a répondu que celui qui avait tiré le Katioucha contre Kyriat Shmona était «un Palestinien» et qu’il avait été arrêté. Et à son tour, le locataire du palais Bustros a rappelé à son interlocuteur la position officielle du Liban, c’est-à-dire telle que l’a définie avant-hier mardi le ministre de la Défense Khalil Hraoui : que l’État libanais appuie toujours la Résistance dans sa volonté de récupérer les fermes de Chebaa, «mais que n’importe quel acte en dehors de cette résistance est inadmisible». Et que Beyrouth ne permettra absolument pas à l’État hébreu la moindre escalade dans la région ou d’exercer, sur les Arabes, une quelconque pression à l’instar de celles (militaire et psychologique) qu’Israël continue d’imposer au peuple palestinien. Dans le seul but de le terroriser, et pour pouvoir, à lui seul, imposer sa loi dans la région. D’ailleurs, Mahmoud Hammoud a précisé que ses derniers contacts téléphoniques – avec ses homologues syrien Farouk el-Chareh, égyptien Ahmed Maher et jordanien Marwan Moacher, ou avec le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa – se sont axés sur les derniers rebondissements dans la région, et sur les moyens de parvenir à tenir cette conférence des ministres arabes des AE, dont la date n’a toujours pas été fixée. Une conférence qui «demandera l’application des résolutions du sommet de Beyrouth en ce qui concerne la crise israélo-arabe». Quant à Staffan de Mistura, qui s’est entretenu hier en début de soirée au Sérail avec le Premier ministre Rafic Hariri (qui a affirmé que le Liban ne voudrait en aucun cas donner au gouvernement israélien un quelconque prétexte «pour qu’il se sorte de son guêpier»), il a commenté la nouvelle opération du Hezbollah, qui a eu lieu pendant l’entretien. «Vous pouvez vous imaginer à quel point tout ceci est sérieux pour nous, d’autant plus que la situation régionale est particulièrement tendue. Nous avons dû interrompre notre entretien, mais je vais rester en contact avec le Premier ministre et avec les autorités libanaises durant toute la soirée», a-t-il déclaré aux journalistes. Quoi qu’il en soit, des sources bien informées rapportées par notre correspondant au palais Bustros parlent de «plus d’un rapport diplomatique» parvenu à Beyrouth et qui rappellent la nécessité d’observer un maximum de prudence. C’est-à-dire de ne pas écarter l’éventualité d’une frappe israélienne soudaine sous le couvert de la lutte contre le terrorisme et en réponse aux récentes opérations menées par le Hezbollah. Ces sources ajoutent que ce que craint le Liban, c’est surtout le «silence américain» face aux exactions militaires, aux violations des droits de l’homme et à la non-application des résolutions internationales par le Premier ministre israélien Ariel Sharon. Sachant surtout que Washington suit actuellement une logique qui lui est bien propre, avec comme toile de fond le cauchemar des opérations-suicide que les États-Unis considèrent comme étant le mal absolu. Voilà pourquoi le moindre effort fourni par un État arabe ou allié de Washington afin qu’Ariel Sharon cesse enfin ses exactions ne donne aucune espèce de résultat. Signalons enfin que le commandant en chef de la Finul Lalit Tiwaré a été reçu hier par le chef de l’État Émile Lahoud, en présence du porte-parole de la force intérimaire Timor Goksel, pour examiner également la situation le long de la frontière libano-israélienne. « Préoccupation » de Moscou La Russie, coparrain du processus de paix au Proche-Orient avec les États-Unis, a mis en garde hier contre la multiplication des incidents armés à la frontière entre Israël et le Liban, qui pourrait dégénérer, selon elle, en un nouveau «foyer» de conflit. «La Russie est inquiète des incidents armés qui pourraient apporter un élément supplémentaire à une escalade» de la violence au Proche-Orient, indique le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. «Il ne faut pas permettre l’apparition d’un nouveau foyer de conflit dans la région», poursuit le communiqué. «Dans ce contexte, nous appelons les deux parties à faire preuve de retenue et à ne pas entreprendre d’actions qui pourraient déstabiliser la situation», conclut le ministère russe des AE. Lecourtier met en garde contre l’ouverture d’un nouveau front au Liban-Sud «Je suis venu sur ordre de mon gouvernement pour dire à M. Hariri que nous étions très préoccupés par la situation actuelle à la frontière du Liban-Sud. Nous pensons qu’il y a là un risque d’escalade, si l’on prend en considération les évènements qui s’y sont déroulés depuis quelques jours. Un risque d’escalade doublé du risque de voir s’ouvrir un deuxième front entre Israël et ses voisins, ce que nous ne souhaitons évidemment pas». C’est en ces termes que l’ambassadeur de France Philippe Lecourtier s’est adressé aux journalistes à l’issue de sa rencontre, hier, au Grand Sérail, avec le Premier ministre Rafic Hariri. «J’ai été chargé de demander aux autorités libanaises d’intervenir auprès des organisations pour qu’elles fassent preuve de retenue, pour qu’il n’y ait justement pas d’escalade ou de dérapage et un risque d’embrasement général. Le Premier ministre m’a écouté et m’a dit qu’il partageait cette préoccupation d’éviter une escalade. Il m’a également autorisé à vous le dire, ajoutant que, lui aussi, souhaitait que la situation reste sous contrôle et que l’État libanais s’y efforçait», a ajouté le diplomate français. Questionné sur «l’impuissance internationale» vis-à-vis d’Israël, il a répondu : «Impuissance est un grand mot parce qu’une grande activité diplomatique est actuellement engagée pour essayer de régler, sinon d’empêcher un dérapage de la situation vers un surplus de violence. À Paris, entre-temps, le Quai d’Orsay a exprimé son inquiétude, hier, à la suite de la dégradation de la situation à la frontière libano-israélienne, et invité les parties concernées à éviter l’escalade. «Les incidents intervenus ces derniers jours, dans la zone frontalière entre Israël et le Liban, sont préoccupants, a déclaré à ce propos le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay, Bernard Valéro. Dans le contexte actuel, a-t-il souligné, il est plus que jamais essentiel que toutes les parties respectent strictement la ligne bleue (tracée par l’Onu à la frontière libano-israélienne à la suite du retrait israélien en mai 2000). Il faut que les parties concernées évitent toute action susceptible de provoquer l’escalade des tensions dans la région».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le ministre des Affaires étrangères Mahmoud Hammoud a reçu hier un message du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Un message que lui a remis le représentant personnel de ce dernier au Liban-Sud Staffan de Mistura et qui traduit la vive inquiétude ressentie à la Maison de verre en ce qui concerne la situation à la frontière israélo-libanaise. «Des développements inquiétants ont eu lieu le long de la ligne bleue : deux attaques du côté libanais – de la part du Hezbollah – ont été signalées, et elles ont à chaque fois donné lieu à une réplique israélienne. L’ensemble des attaques terroristes contre les civils israéliens, de même que les opérations militaires israéliennes, constituent tous deux des menaces sérieuses pour la sécurité et la stabilité de la région». À quoi le Liban a...