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Actualités - Opinion

PIÉGÉS

Il y a, confiné dans son cagibi de Ramallah, ce vieillard assis derrière une table, le revolver à portée de main, rêvant, dit-il, de rejoindre la cohorte des martyrs de la résistance qui chaque jour s’allonge un peu plus. Et à Jérusalem, cet autre septuagénaire contenant bien mal sa rage de ne pouvoir s’attaquer à l’ennemi juré qu’il tient pourtant au bout du canon de ses chars, de s’en trouver en quelque sorte lui-même prisonnier. Image saisissante de l’impasse dans laquelle, délibérément, s’est engagé celui qui rêva un jour de devenir «Arik, roi d’Israël». Et qui s’estime aujourd’hui condamné, en fin de carrière, à foncer encore et toujours, sans savoir dans quelle direction, ni au bout du compte pour quels résultats. C’est qu’il est difficile, impossible à l’heure actuelle pour l’État hébreu de sortir de son dilemme : tuer Abou Ammar (à supposer qu’on le laisse faire), ce serait laisser libre la voie devant les ultras du Hamas, du Jihad islamique et des Martyrs d’el-Aqsa, c’est-à-dire se retrouver pour longtemps encore sans interlocuteur ; se contenter de l’assiéger équivaut, et c’est ce qui se produit en ce moment, à favoriser autour de sa personne l’émergence d’une nouvelle unité palestinienne, arabe, islamique Avec Ariel Sharon, militaire obtus, fourvoyé dans la politique avec pour seul viatique ses gros rangers, c’est le monde entier qui se retrouve en panne d’initiatives, ânonnant des condamnations qui ne trompent personne et qui prend pour prétexte de son incurie ici une présidentielle, là un égoïsme coupable autant que stupide, ailleurs encore le retour d’un monroïsme qui ne veut pas dire son nom. La vérité est qu’à avoir trop longtemps laissé traîner les choses, on a abouti à un pourrissement annonciateur – rares furent ceux qui l’avaient vu – des pires catastrophes à venir. Tout le monde vous dira aujourd’hui que Yasser Arafat avait commis l’impardonnable erreur de refuser l’offre jadis faite par Ehud Barak. En feignant d’ignorer qu’elle s’accompagnait de conditions qui étaient autant de chausse-trapes. Toujours est-il que le «niet» palestinien a entraîné en Israël des législatives qui ont porté au pouvoir un Premier ministre dont la seule tactique (ne parlons surtout pas de stratégie) consiste à provoquer, dans les rangs de l’ennemi mais aussi dans les siens propres, le maximum de victimes et de dégâts. La paralysie qui frappe le monde arabe depuis la semaine dernière, à se remémorer les subits engourdissements passés, il faudrait être bien naïf pour s’en étonner. Il y a longtemps que nul ne croit plus à la belle illusion de la fraternelle unité dont on se berçait autrefois. Et l’homme de la rue, moins que quiconque, qui conspue aujourd’hui ses dirigeants, sans trop attendre d’eux. Nasser, réveille-toi, ils sont devenus douillets... Faire la guerre ? Nul ne s’aventurerait à le réclamer, mais qu’il soit permis de menacer, à tout le moins d’envisager des mesures de rétorsion, diplomatiques ou autres, un geste quoi, plutôt que cette vaine agitation. Ailleurs, le tableau n’est guère plus réjouissant. L’Europe réduite à l’état de figurant, la Russie ne jouant plus que les seconds couteaux, il ne reste qu’une Amérique coupable d’avoir trop longtemps attendu pour agir, victime d’un machiavélisme hérité de l’ère kissingérienne, selon lequel il convient de laisser faire Sharon : il réussira, et ce sera tant mieux pour son pays, ou bien il échouera et nous interviendrons alors. Dans un cas comme dans l’autre, l’essentiel aura été préservé, à savoir la réputation au Proche-Orient de l’Oncle Sam et son approvisionnement en pétrole. Ils sont de plus en plus nombreux, les «Eggheads» de l’Administration républicaine, à admettre que leur nation est devenue un empire. Mais dans le sens romain puisque priorité est donnée à l’économie, à la politique et à la culture, s’empressent-ils d’ajouter comme pour corriger la désolante impression que pourrait laisser ce terme. L’ennui pour les nouvelles «provinces», c’est que, devenus trop grands, les États-Unis ont tendance à confier certains dossiers chauds à un sous-traiteur, israélien en l’occurrence, s’agissant du Proche-Orient. Faussement naïf, un responsable du département d’État croyait pouvoir constater l’autre jour que le problème des pays proche-orientaux aura été, à la fin de l’ère coloniale, de n’avoir pas engendré comme en Inde un Gandhi, un Nehru. Peut-être que la voix d’un Mahatma arabe ne demanderait qu’à se faire entendre. Encore faudrait-il auparavant que se taise celle des sharonards de Jérusalem. Christian MERVILLE
Il y a, confiné dans son cagibi de Ramallah, ce vieillard assis derrière une table, le revolver à portée de main, rêvant, dit-il, de rejoindre la cohorte des martyrs de la résistance qui chaque jour s’allonge un peu plus. Et à Jérusalem, cet autre septuagénaire contenant bien mal sa rage de ne pouvoir s’attaquer à l’ennemi juré qu’il tient pourtant au bout du canon de ses chars, de s’en trouver en quelque sorte lui-même prisonnier. Image saisissante de l’impasse dans laquelle, délibérément, s’est engagé celui qui rêva un jour de devenir «Arik, roi d’Israël». Et qui s’estime aujourd’hui condamné, en fin de carrière, à foncer encore et toujours, sans savoir dans quelle direction, ni au bout du compte pour quels résultats. C’est qu’il est difficile, impossible à l’heure actuelle pour...