En soi, le sommet de Beyrouth est un succès, sur plus d’un plan. Malgré, ou même à cause, du rejet du plan de paix par un Israël qui se met de la sorte en posture d’infériorité médiatique. Malgré, ou peut-être à cause, de l’acharnement que Sharon met à traquer Arafat. Mais peut-être pas malgré l’opération kamikaze féminine de Jérusalem Est et la série qu’elle implique. Ligne dure qui vient en quelque sorte faire contrepoids à la main tendue par les Arabes. Voire en gommer totalement les effets. Surtout si la logique de guerre devait prévaloir. Et s’étendre. Pour l’heure, à Beyrouth, on préfère se focaliser sur le bilan positif du sommet. Qui a su, exploit rare, dégager une unanimité autour de la proposition saoudienne. Tout en rabibochant, autre prouesse, l’Irak avec le Koweït comme avec le royaume wahhabite. Donnée pour morte le premier jour, la conférence du Phoenicia, ce volatile qui renaît de ses cendres, restera donc dans l’histoire, comme on se plaît à le souligner dans les allées du pouvoir. Où l’on ajoute qu’à l’occasion, le Liban a recouvré un rôle diplomatique de tout premier plan. En étant, en dépit du léger couac de communication avec les Palestiniens, l’un des principaux artisans de la solidarité arabe retrouvée. Autour d’une stratégie simple et forte à la fois : la paix globale, bâtie sur les fondements de Madrid comme des résolutions de l’Onu. Les loyalistes ne se privent pas de relever que le choix de la capitale libanaise comme site de ce sommet dit crucial est une victoire pour un pays convalescent. Ils indiquent que, dans le prolongement de cet événement, le chef de l’État va personnellement guider une campagne en direction de multiples capitales arabes et occidentales, afin d’assurer le suivi des résolutions adoptées sous son égide. Comme aussi afin de doubler la mise, en préparant le succès du sommet de la francophonie appelé à se tenir l’an prochain à Beyrouth. Ces sources soulignent ensuite que le document de travail présenté par le Liban a été adopté par les participants arabes. Qui n’ont pas manqué de rendre hommage à la résistance libanaise. Et qui ont accepté de rajouter, sur l’insistance du président Lahoud, une mention concernant le droit de retour des réfugiés palestiniens et le rejet de l’implantation. Initialement, on le sait, le texte élaboré n’évoquait cette question qu’assez timidement. En se contentant de souhaiter une solution juste au problème des réfugiés palestiniens, en base de la 194. Laquelle ne rejette pas explicitement l’implantation. Le Liban a également obtenu, rappellent ces personnalités, une promesse ferme d’aides, financières ou autres, pour sa reconstruction, avec l’engagement de réactiver le fonds créé à cet effet à Taëf voilà treize années. Selon ces sources, le pays devrait obtenir assez rapidement quelque 600 millions de dollars, avancés par les pays riches du Golfe, à titre de dépôt auprès de la Banque centrale. Il semble que les deux précédents gestes effectués dans ce même sens par l’Arabie saoudite et le Koweït soient sur le point d’être considérés comme des donations non restituables. De même, Beyrouth a bon espoir de voir l’Irak lui fournir des carburants au titre du programme courant dit pétrole contre nourriture. Cela pour ne pas froisser les Nations unies et les USA. Dans le même cadre, ajoutent ces sources, il est question de signer avec Bagdad un protocole de zone franche permettant aux produits libanais de pénétrer les marchés irakiens sans payer de droits de douane et autres taxes. Sur le plan strictement intérieur, ces mêmes loyalistes affirment sans sourciller que le sommet a mis en exergue la parfaite harmonie entre les présidents. Une entente qui s’est sans doute dégagée lors de la réunion de Baabda en présence du président Bachar el-Assad. Mais peut-être pas avant, par exemple lors de l’accueil des délégations à l’aéroport… En tout cas, il n’y a aucune raison de douter des assurances que prodiguent actuellement en chœur les loyalistes de toutes tendances. Selon lesquels le pouvoir compte aborder en front uni le dossier des privatisations. Et qu’il va désormais se montrer cohérent, soudé et amical. Comme lors du trajet effectué à trois, dans une limousine conduite par le Premier ministre en personne, pour aller s’enquérir à l’hôpital de la santé de l’émir Nawaf. Mais évidemment, les retombées bénéfiques du sommet pour le Liban restent conditionnées par les développements dans les Territoires. Et dans la région. Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En soi, le sommet de Beyrouth est un succès, sur plus d’un plan. Malgré, ou même à cause, du rejet du plan de paix par un Israël qui se met de la sorte en posture d’infériorité médiatique. Malgré, ou peut-être à cause, de l’acharnement que Sharon met à traquer Arafat. Mais peut-être pas malgré l’opération kamikaze féminine de Jérusalem Est et la série qu’elle implique. Ligne dure qui vient en quelque sorte faire contrepoids à la main tendue par les Arabes. Voire en gommer totalement les effets. Surtout si la logique de guerre devait prévaloir. Et s’étendre. Pour l’heure, à Beyrouth, on préfère se focaliser sur le bilan positif du sommet. Qui a su, exploit rare, dégager une unanimité autour de la proposition saoudienne. Tout en rabibochant, autre prouesse, l’Irak avec le Koweït comme avec le...