Une question simple, posée dans ces mêmes colonnes dès avant le sommet : que faire, face au refus israélien du plan de paix arabe ? Ce rejet a été immédiat. Israël, ou du moins Sharon, soutient qu’il ne peut pas rétrocéder la totalité des territoires conquis en 67, car il y va de sa sécurité voire de sa survie. Il s’oppose de même au retour des Palestiniens de la diaspora au titre de la 194, pour ne pas être démographiquement englouti. Alors, encore une fois, que faire ? Un officiel libanais répond qu’il faut attendre la réaction américaine. Pour voir si les États-Unis vont se contenter d’appuyer l’initiative arabe du bout des lèvres. Ou s’ils vont se décider à exercer sur Sharon des pressions assez fortes pour l’obliger à reprendre les pourparlers. Comme ils l’avaient fait sous Carter, en contraignant Begin à signer avec Sadate. Ou encore du temps de Bush père, qui avait traîné Shamir à la conférence fondatrice de Madrid. Autre point qu’il ne faut pas négliger, selon le responsable cité : les Arabes doivent presser les Européens et les Russes, qui sont de leur côté, à peser plus fort sur Washington autant que sur Tel-Aviv. Pour que le processus de règlement pacifique se substitue au cycle de violences qui met en péril toute la région. Cependant, durant le sommet même, des intervenants de poids s’étaient fait l’écho de la thèse selon laquelle il fallait prévoir des mécanismes, pour parer à un non israélien tout à fait prévisible. Ce cadre de prévention n’a pas été inclus dans la Déclaration de Beyrouth. Pourquoi ? Parce que, explique la source autorisée libanaise, il n’aurait pas été logique de lier une proposition à la réponse qui lui serait faite. On ne pouvait pas anticiper la réplique sans altérer la sincérité même de l’offre faite. Sans compter qu’il ne fallait pas placer les USA ou les autres Occidentaux, tous favorables au plan arabe, en porte-à-faux en réduisant leur marge de manœuvre, en termes de pressions sur Israël. Autrement dit, il ne fallait pas raccourcir, ou trop tendre, le fil de l’action diplomatique des médiateurs. Dans le même esprit, on devait ménager une autre source de pression importante sur le gouvernement Sharon, à savoir l’opinion publique israélienne. Enfin, observe cette personnalité, les Arabes n’avaient pas à dévoiler l’ensemble de leurs cartes, en précisant d’avance leurs choix en cas de poursuite de la tension. Au stade présent, répète cette source, il est du devoir de l’Onu, des USA, de la Russie et de l’Europe, de faire respecter les résolutions prises par le Conseil de sécurité pour régler le conflit israélo-arabe. Résolutions sur lesquelles le plan arabe se fonde entièrement. Aussi, la responsabilité de l’escalade ou de la guerre n’est imputable qu’à Israël, qui foule ces textes aux pieds. De leur côté, les États-Unis doivent faire comprendre clairement à Sharon que sa politique de force ne permettra jamais à Israël de jouir de la sécurité qu’il souhaite, tranquillité que seule une paix véritable peut lui procurer. Mais au vu des développements sur le terrain, nombre d’observateurs pensent qu’il ne serait pas difficile à Sharon de persuader Washington qu’il faut d’abord un cessez-le-feu. Accord qu’à son avis Arafat ne peut tout simplement pas honorer, à cause de l’obstination des radicaux palestiniens, comme le Hamas ou le Jihad islamique, qui entendent poursuivre leurs opérations à tout prix. En d’autres termes, en cas de non-arrêt des violences, Sharon pourrait facilement en rejeter le blâme sur ses vis-à-vis Arabes, Palestiniens et Arafat en tête. Et la reprise du processus diplomatique serait ipso facto renvoyée aux calendes grecques, sinon définitivement enterrée. Il est évident que les desseins obstructionnistes de Sharon sont servis par tous ceux qui s’opposent à la paix. Ou par la frange qui pense que l’intifada, attentats-suicide compris, ne doit pas s’arrêter avant un retrait israélien total et un démantèlement des colonies. Cela étant, l’officiel précédemment cité n’exclut pas que les Arabes tiennent un nouveau sommet extraordinaire en cas de poursuite de l’escalade sur le terrain. Pour décider des moyens de contrer l’aventurisme belliqueux de Sharon. Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une question simple, posée dans ces mêmes colonnes dès avant le sommet : que faire, face au refus israélien du plan de paix arabe ? Ce rejet a été immédiat. Israël, ou du moins Sharon, soutient qu’il ne peut pas rétrocéder la totalité des territoires conquis en 67, car il y va de sa sécurité voire de sa survie. Il s’oppose de même au retour des Palestiniens de la diaspora au titre de la 194, pour ne pas être démographiquement englouti. Alors, encore une fois, que faire ? Un officiel libanais répond qu’il faut attendre la réaction américaine. Pour voir si les États-Unis vont se contenter d’appuyer l’initiative arabe du bout des lèvres. Ou s’ils vont se décider à exercer sur Sharon des pressions assez fortes pour l’obliger à reprendre les pourparlers. Comme ils l’avaient fait sous Carter, en...