Le boycottage par Israël du président palestinien Yasser Arafat commence à révéler des fractures dans le camp palestinien. Les premiers signes de tensions au sein de l’Autorité palestinienne sont apparus mardi à Ramallah en Cisjordanie, où M. Arafat est cerné par les chars israéliens depuis décembre. Lors d’une rencontre orageuse, le président palestinien, qui aurait même sorti son revolver, selon les médias israéliens, a reproché au chef de la sécurité préventive en Cisjordanie, le colonel Jibril Rajoub, de ne pas avoir empêché la foule de libérer la veille 17 détenus à Hébron (sud). Le gouvernement israélien, qui refuse de traiter avec M. Arafat afin de favoriser l’émergence d’autres dirigeants, y a vu la preuve que ses efforts commençaient à porter leurs fruits. En outre, le président palestinien n’a pas engrangé tous les bénéfices diplomatiques escomptés des visites successives à Ramallah des chefs de la diplomatie britannique Jack Straw et allemande Joschka Fischer. M. Fischer a certes insisté sur l’«approche politique» défendue par l’Union européenne (UE) et rappelé que M. Arafat, «dirigeant élu», représentait les Palestiniens. Mais son homologue britannique s’est démarqué de la position officielle de l’UE pour épouser les thèses israéliennes et américaines, estimant prioritaire que l’Autorité «réprime le terrorisme en provenance des territoires palestiniens». La Russie et la France ont appelé Israël à «rétablir la liberté de mouvement» du président palestinien. Le secrétaire d’État américain Colin Powell a révélé que, dans une lettre, M. Arafat avait reconnu pour la première fois une part de responsabilité «en tant que président de l’Autorité palestinienne» dans un trafic d’armes présumé avec l’Iran. Mais Washington, qui s’est engagé à maintenir la pression sur le président palestinien, a refusé de le boycotter totalement, comme le lui demandait le Premier ministre israélien Ariel Sharon, rentré le 10 février d’une visite aux États-Unis. Peu après son retour, l’armée israélienne a lancé dans la bande de Gaza une série de représailles massives à une attaque palestinienne à Beersheba, dans le désert du Néguev (sud d’Israël), qui avait coûté la vie à deux militaires israéliennes et aux deux assaillants, et à des tirs de roquettes artisanales, qui sont tombées dans le Néguev. Les États-Unis ont exceptionnellement critiqué comme «contre-productives» les frappes israéliennes, en particulier dans la ville de Gaza, où elles ont blessé deux employés de l’Onu, qui les a condamnées. L’armée israélienne a ensuite lancé des incursions meurtrières d’une envergure sans précédent en zone autonome palestinienne dans la bande de Gaza, sans parvenir à reprendre l’initiative, comme en a témoigné la poursuite des tirs de roquettes samedi. Israël a affirmé que le tir sur son territoire de roquettes artisanales Qassam fabriquées par la branche armée du mouvement radical islamiste Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, marquait un nouveau palier dans le conflit. Dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, M. Arafat a accusé Israël d’exagérer l’importance de ces engins pour «justifier l’agression», soulignant que «ces instruments rudimentaires n’ont jamais fait un blessé».
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