Les négociations d’une sortie de crise entre Marc Ravalomanana et le président sortant Didier Ratsiraka ont véritablement commencé à Madagascar, où l’opposant a commencé à préparer des centaines de milliers de partisans à l’idée d’un second tour au scrutin présidentiel. La rencontre cruciale entre les deux rivaux mercredi, accouchée aux forceps par le secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) Amara Essy, a permis de «fixer un accord global de négociations», a expliqué José Andrianoelison, conseiller spécial de M. Ratsiraka. Il dirige la délégation de cinq membres du camp présidentiel opposée, au sein d’une Commission de travail conjoint, à cinq délégués de M. Ravalomanana. Selon M. Djinnit, cette commission est chargée de «régler les questions en suspens pour préparer les conditions propices à la poursuite du processus électoral». «Nous ne sommes donc pas chargés de grosses négociations», a commenté M. Andrianoelison, ajoutant : «Notre chef nous a donné des instructions très précises». Des sources au sein de la médiation et des deux camps sont formelles : la priorité est le report de la date du second tour, fixée au 24 février. Puis il s’agira de fixer les modalités pratiques pour des garanties fiables qui assurent un scrutin régulier et transparent. Le camp de M. Ravalomanana insiste sur la formation d’un «gouvernement de consensus», sorte de cabinet de transition composé de membres des deux camps, que le pouvoir n’est pas décidé à accepter. Les deux camps, l’OUA et l’Onu – dont le secrétaire général adjoint en envoyé spécial de Kofi Annan, Ibrahima Fall, assistait à l’ouverture des travaux – veulent que le scrutin soit contrôlé par de nombreux observateurs nationaux et internationaux, et ont promis de fournir des urnes transparentes. Ce sont précisément ces urnes qui ont permis à M. Ravalomanana d’évoquer, pour la première fois aussi clairement devant ses partisans qui manifestent chaque jour dans le centre de la capitale, l’éventualité d’un second tour. «Nous allons faire en sorte que l’aide nous parvienne pour l’octroi d’urnes transparentes», a lancé à la foule le maire de la capitale malgache Antananarivo, rappelant toutefois qu’il n’est pas question d’aller au second tour sans que «la vérité du premier tour n’éclate». Jusqu’alors, M. Ravalomanana conditionnait sa participation à un second tour à la comparaison formelle des résultats officiels à ceux enregistrés par ses délégués dans chaque bureau de vote le jour du premier tour, le 16 décembre, ce que le pouvoir refuse. Pour l’opposant, qui estime avoir remporté l’élection dès le premier tour, le camp présidentiel a massivement triché pour repêcher M. Ratsiraka et M. Ravalomanana, et ses partisans demeurent persuadés qu’il en sera de même au second tour. Depuis deux jours, il a lâché du lest en confiant implicitement la confrontation des procès-verbaux à une commission ad hoc composée de juristes et de délégués des deux camps, et dont les résultats ne seront qu’indicatifs. Il a tout de même appelé ses partisans à maintenir la pression en poursuivant leurs manifestations quotidiennes et en maintenant la grève générale qui paralyse depuis 18 jours la capitale, poumon économique et cœur administratif du pays. La foule, longtemps à plus d’un demi-million, se fait moins dense au centre d’Antananarivo ces derniers jours. Toutefois, changement de stratégie depuis deux jours, de grands sit-in bloquent les principaux accès au centre, aux abords des bâtiments publics, en particulier la Banque centrale et le Trésor, gardés jour et nuit par des centaines de manifestants et employés pour empêcher le pouvoir de «continuer de piller les fonds publics». Tous les ministères et leurs administrations sont fermés ou à l’abandon, faute de fonctionnaires. En revanche, signe d’un retour à la normale, même les bijoutiers indo-pakistanais ont relevé leurs rideaux de fer dans les quartiers aisés de la capitale.
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