Pour son premier déplacement en province depuis son investiture le 22 décembre, le chef du gouvernement intérimaire afghan, Hamid Karzaï, a choisi la province occidentale d’Herat, frontalière de l’Iran, alors que les signes d’agitation se multiplient dans les provinces afghanes. Accompagné de trois de ses ministres, il a rencontré le gouverneur provincial, Ismaïl Khan, qui a affirmé soutenir le gouvernement central et nié recevoir une aide militaire de l’Iran voisin. Le gouverneur de la province d’Herat est un vétéran de la guerre contre les Soviétiques et un héros de la résistance contre les talibans. Le gouvernement de M. Karzaï, nommé pour six mois avec la bénédiction de l’Onu et des États-Unis, a du mal à se faire respecter en dehors de Kaboul. Dans l’Est, la choura, ou conseil tribal, de la province de Khost a exigé le remplacement du gouverneur en place, nommé par le pouvoir central. Dans le centre du pays, Karim Khallili, potentat local, a mis en garde Kaboul contre toute velléité d’imposer ses représentants à des postes de responsabilité. Une mission de conciliation a, en outre, été dépêchée dans la province de Paktia (est) où des combats entre deux factions pachtounes pour le contrôle de la province ont fait la semaine dernière une cinquantaine de morts à Gardez, la capitale. Des combats, qui auraient fait quatre morts, ont également éclaté pendant le week-end à Mazar-e-Sharif (nord) entre les forces du chef de guerre ouzbek Abdul Rashid Dostam, vice-ministre de la Défense, et celles du tadjik Mohammad Atta. Face à cette situation explosive, M. Karzaï n’a d’autre recours que de s’appuyer sur une armée nationale et une police, qui en sont encore à l’état embryonnaire. Une nécessité également relevée à Kaboul par le ministre afghan des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah. «Je pense que la solution à long terme pour la sécurité de l’Afghanistan, pour une situation stable en Afghanistan, est un programme global qui prenne en compte les divers aspects de la sécurité, y compris la formation d’une police nationale et d’une armée nationale», a déclaré M. Abdullah. Il s’adressait à la presse en marge des cérémonies marquant la réouverture de l’ambassade de Chine dans la capitale afghane. Les nouveaux dirigeants afghans ont évalué à 250 000 le nombre d’hommes nécessaires pour assurer la défense du pays, mais le ministre de l’Intérieur Younis Qanooni a estimé que la sécurité pourrait être garantie avec le déploiement d’une force de police de 70 000 hommes. Afin de permettre au gouvernement intérimaire d’asseoir son autorité, une équipe militaire américaine va se rendre en Afghanistan pour aider à la création d’une armée nationale afghane, a annoncé le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld. Mais, en attendant, M. Karzaï souhaiterait que la sécurité soit assurée par la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (Isaf), créée par les Nations unies, avec pour mission la protection de Kaboul et ses environs. Le numéro un afghan réclame l’accroissement des effectifs de l’Isaf et l’extension de son mandat à l’ensemble de l’Afghanistan. La Grande-Bretagne, qui en assure le commandement avec un mandat de trois mois, a annoncé son intention d’en confier ensuite la direction à la Turquie. L’Isaf devrait compter 4 500 hommes, dont 1 800 Britanniques, une fois achevé son déploiement à la mi-février. Avalanche dans le col de Salang D’abondantes chutes de neige sur la région de Kaboul ont par ailleurs retardé la visite initialement prévue aujourd’hui du ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, alors qu’une vingtaine de véhicules ont été ensevelis par une avalanche dans le col du Salang, près du tunnel du même nom, qui relie les parties nord et sud de l’Afghanistan. «Nous essayons de sauver les gens et de les sortir de là», a déclaré le porte-parole de l’Onu, Youssouf Hassan, au cours d’une conférence de presse, précisant que des hommes d’Isaf participaient aux secours. Il a ajouté qu’aucun équipement permettant de dégager la neige n’était disponible dans cette région, située à environ 80 kilomètres au nord de Kaboul.
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