Stigmatisé à la mort de Diana, le prince Charles a regagné du terrain dans le cœur des Britanniques au prix d’une offensive médiatique en règle, mais ses ambitions de roi butent toujours sur le refus de sa mère Élisabeth de lui céder la place. Après le choc de la mort de Diana, en 1997, les espoirs de royauté de Charles semblent largement compromis. Plus d’un Britannique sur deux juge préférable de le voir céder sa place d’héritier du trône à son fils William, et seuls 42 % de la population estiment qu’il ferait un bon roi. Commence alors un long et patient travail de reconquête de l’opinion publique pour Charles, aujourd’hui âgé de 53 ans. Raillé pour ses centres d’intérêt – l’agriculture biologique, l’urbanisme ou la chasse à courre – jugés saugrenus ou loin des préoccupations publiques, critiqué pour sa liaison avec Camilla Parker-Bowles, mal-aimé en raison de sa raideur protocolaire, le prince contre-attaque. Spice Girls et tam-tam Avec une première décision essentielle : à l’image de Tony Blair et de son armée de «spin doctors» (ou conseillers en communication), il muscle son service de presse en se dotant d’un mentor, son secrétaire privé adjoint Mark Bolland. Un choix judicieux. Ancien directeur de la Press Complaint Commission, l’organe de régulation des médias britanniques, Mark Bolland connaît comme sa poche les arcanes de la toute puissante presse populaire, passage obligé de toute reconquête de l’opinion publique. Le conseiller de l’ombre fait feux de tous bois. L’austère Charles – connu pour ses goûts plutôt classiques – pose tout sourire aux côtés des Spice Girls. Il stupéfie ensuite les journalistes lors d’une visite officielle en Afrique du Sud en se mettant à jouer du tam-tam dans un village, hilare, devant une légion de photographes. Engagé de longue date dans la défense des sans-abri, le prince adopte des causes plus médiatiques, occupant le terrain laissé vacant par la disparition de Diana, et multiplie les visites savamment orchestrées aux centres anticancéreux ou aux malades du sida. Enfin et surtout, le père distant se mue en papa poule pour ses deux fils William et Harry, posant à leurs côtés lors de vacances aux sports d’hiver et les gratifiant de tendres bourrades devant les caméras. Jusqu’à être couvert de louanges – y compris, fait rare, par la reine Élisabeth II – pour avoir récemment envoyé le turbulent Harry visiter un centre de désintoxication afin de le mettre en garde contre l’abus de drogue et d’alcool. Mark Bolland vient de démissionner de ses fonctions officielles auprès de Charles mais, au terme de quatre ans d’efforts, l’offensive de charme a porté ses fruits. Charles apparaît désormais comme un «réformateur» qui souhaite «une monarchie avec moins de pompe», allant ainsi dans le sens de l’opinion publique, estime Rodney Barker, professeur de la London School of Economics. Selon les derniers sondages, 64 % des Britanniques estiment désormais que Charles «ferait un bon roi» et ils ne sont plus que 26 % à penser qu’il devrait céder sa couronne à son fils William. Même l’idée autrefois honnie d’un mariage avec Camilla Parker Bowles a fait son chemin dans la population qui juge à 55 % que les deux amants devraient légaliser leur liaison. Mais s’il se sent fin prêt à monter sur le trône, le prince Charles n’est pas pour autant assuré de devenir le prochain souverain des Britanniques. Sa mère, la reine Élisabeth, 75 ans, qui fête cette année ses 50 ans de règne, ne semble pas envisager une quelconque abdication en sa faveur et la popularité grandissante de son fils William lui fait de l’ombre. Membre favori de la famille royale loin devant son père, William – qui a hérité du sourire charmeur de sa maman – serait ainsi le prochain roi idéal pour 46 % des jeunes Britanniques. Charles devra continuer de prendre son mal en patience, à l’instar d’Edouard VII devenu roi à soixante ans en 1901.
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