Buckingham Palace espère redorer son blason, terni par une décennie de démêlés familiaux, avec le jubilé de la reine Élisabeth II, mais la liesse manifestée pour ses vingt-cinq ans de règne pourrait cette fois faire défaut, d’aucuns redoutant un «flop» révélateur d’une monarchie déclinante. La date anniversaire de l’accession au trône d’Élisabeth en 1952 tombe mercredi, mais les fêtes populaires sont surtout prévues au printemps, du 1er au 4 juin, avec feux d’artifice, carnaval et un concert de stars sur les pelouses du palais de Buckingham. La société britannique reste solidement ancrée dans la monarchie, «figure de proue neutre et rassembleuse», affirme Mary Ann Sieghart dans le Times, quotidien partisan de la famille royale. «Les Suisses ont leurs montagnes et leur neutralité. Les Français ont leur cuisine et leurs valeurs républicaines. Nous avons plus d’un millénaire de monarchie», clame Mme Sieghart. Un sondage Mori publié jeudi dernier montre que 70 % des Britanniques veulent conserver une monarchie même s’ils veulent la voir se moderniser. Ils ne sont que 19 % à se prononcer pour une république. À 75 ans, la reine Élisabeth II bénéficie, elle, d’une image intacte après 50 ans de règne. «Elle est une respectable et consciencieuse chef d’État», résume le professeur Rodney Barker, de la London School of Economics. Même le Mirror, très antimonarchiste, salue une «femme remarquable qui a servi avec distinction un travail impossible». Crainte d’un « flop » Et pourtant, la souveraine semble moins susciter l’enthousiasme qu’il y a vingt-cinq ans. À la même époque en 1977, des milliers d’enfants trépignaient d’impatience à l’idée de défiler devant la reine pour ses vingt-cinq années de règne. Plus de 12 000 fêtes populaires avaient été organisées aux quatre coins d’un royaume en liesse. Cette fois, seules quelques centaines de demandes d’autorisation ont été déposées. «Aujourd’hui, je ne pense pas qu’on obtiendra le même soutien. Les gens ne sont plus dans le même état d’esprit», affirme Bill Bursell, qui avait organisé le défilé de 17 000 enfants à Liverpool. À en croire le Times, lourdeurs administratives et frais d’assurance élevés se conjuguent pour freiner l’enthousiasme des fêtards potentiels. Le jubilé devra également affronter la rude concurrence de la Coupe du monde de football. Le premier match de l’équipe d’Angleterre tombe le 2 juin. Buckingham Palace envisage d’ailleurs de retransmettre la rencontre sur les écrans géants pour attirer la foule... Gagné par la hantise d’un «flop» retentissant, le très royaliste Sun a cru nécessaire de lancer une «campagne pour sauver le jubilé». Selon le sondage MORI, seuls 15 % des Britanniques affirment qu’ils participeront aux festivités. 59 % considèreront le lundi 4 juin comme un jour férié (Bank Holiday) ordinaire. «La dure vérité pourrait être tout simplement que les Britanniques ne se soucient plus de la monarchie. Aujourd’hui, peu de personnes croient encore au droit divin des monarques», écrit dans le Mirror Jonathan Freedland, éditorialiste du Guardian. «Que ce soit Fergie (Sarah Ferguson, divorcée de prince Andrew) en train de sucer des doigts de pieds (de son amant au bord d’une piscine), Edward filmant sans autorisation son propre neveu (William) ou les joints de Harry “Pétard”, les Windsor ont montré qu’ils avaient les mêmes faiblesses que les autres», relève-t-il. Aux scandales se sont ajoutées les critiques d’un train de vie fastueux, aux crochets du contribuable, obligeant Buckingham à une relative cure d’austérité. Les sondages mettent également en lumière le fossé qui se creuse entre les générations. Aujourd’hui, les jeunes de 16 à 24 ans sont trois fois plus nombreux à s’intéresser à la vie des Simpson (66 %) plus qu’à celle de la famille royale. Et seuls 40 % des Britanniques estiment que la monarchie survivra aux cinquante prochaines années alors qu’ils étaient 69 % à le penser en janvier 1990.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Buckingham Palace espère redorer son blason, terni par une décennie de démêlés familiaux, avec le jubilé de la reine Élisabeth II, mais la liesse manifestée pour ses vingt-cinq ans de règne pourrait cette fois faire défaut, d’aucuns redoutant un «flop» révélateur d’une monarchie déclinante. La date anniversaire de l’accession au trône d’Élisabeth en 1952 tombe mercredi, mais les fêtes populaires sont surtout prévues au printemps, du 1er au 4 juin, avec feux d’artifice, carnaval et un concert de stars sur les pelouses du palais de Buckingham. La société britannique reste solidement ancrée dans la monarchie, «figure de proue neutre et rassembleuse», affirme Mary Ann Sieghart dans le Times, quotidien partisan de la famille royale. «Les Suisses ont leurs montagnes et leur neutralité. Les Français ont leur...