La Sardaigne a perdu le 3 janvier avec la disparition, à Tiana, d’Antonnio Todde, 113 ans, la palme du doyen de l’humanité, mais elle reste prisée par la recherche sur les secrets de la longévité. Les Sardes vivent proportionnellement les plus vieux du monde, y compris le sexe masculin, et l’île abrite un nombre record de «plus que centenaires» avec une proportion de 135 pour un million d’habitants contre 70 à 80 en moyenne. Cette exception sarde aiguise la curiosité croissante des scientifiques et divers programmes de recherche, notamment génétique, ont démarré ces dernières années. Au 31 décembre 1997, la Sardaigne comptait 222 personnes plus que centenaires, selon Luca Deiana, professeur en biochimie clinique à la faculté de médecine de Sassari. Ce dernier dirige depuis 1996 une équipe d’une trentaine de personnes qui ont fouillé les états civils des 377 communes de l’île, vérifié dans les paroisses et ont été rencontrer tous les sujets de plus de 100 ans. La longévité des Sardes a été mesurée avec des tests de santé mentale et physique, et l’équipe de M. Deiana a fait aussi des prises de sang pour étudier la carte génétique des personnes âgées. «Si on arrive à comprendre comment on fait pour vivre jusqu’à 120 ans, cela signifie qu’on saura vaincre toutes les maladies», s’enthousiasme-t-il. Il remarque que «tous se jettent sur ce thème de recherche», comme son compatriote sarde, le Pr Antonio Cao à Cagliari ou le Pr Philippe Amouyel, spécialiste français de génomique. Un institut de la longévité doit voir le jour en février à Lille dans le nord de la France. La théorie génétique laisse pour le moment sceptique Mario Pirastu, lui aussi chercheur et Sarde, basé à Perdesdefogu. La santé des habitants de deux villages sardes sont au cœur de l’étude qu’il conduit depuis six ans. «Ces sujets ont un fond génétique particulier, mais c’est vrai aussi qu’ils n’ont jamais touché au Nutella. Les gênes jouent un rôle, en ce sens que ces familles n’ont pas de gênes porteurs de maladies», dit-il. Les Sardes ont «des origines antiques» – dont témoignent les «nuraghi», ces tours de pierres datant du néolithique – et ils ont vécu «relativement isolés», remarque-t-il, en comparant cette situation à la Finlande ou à l’Islande. «Je ne pense pas que les gênes de la longévité existent», ajoute-t-il. Le secret de jouvence de la Sardaigne serait alors largement inexportable. Le professeur Deiana en convient aussi, le style de vie humble des plus âgés y est pour beaucoup. Parmi les facteurs qui comptent, il cite «l’environnement, l’activité physique, l’air pur, l’alimentation homogène tout au long de la vie, l’eau de source, la stabilité du système familial et affectif».
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