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Actualités - Opinion

Affaire d’État(s)

«C’est un moindre mal : parce que cet attentat visait quelqu’un de précis. Ce n’était pas une voiture piégée posée là, dans une rue, devant une maison, pour tuer en masse, comme avant, comme pendant la guerre…». Voilà comment une personnalité politique de premier plan a réagi, cinq minutes après qu’Élie Hobeika eût été tué. La réaction est saine. Compréhensible. Toutes les morts sont horribles. Mais en un clin d’œil, un pays a replongé, dans son ensemble, dix, vingt, vingt-cinq ans en arrière. Psychose, choc, dégoût. Une femme de ses amies, belle comme Deneuve, et brillante, pleurait, hier, HK. Des larmes, des torrents. Aux élections 2000, qu’il avait perdues, des foules hurlaient son nom. Pour d’autres, c’était une crapule finie, un sanguinaire, un fanatique, un terroriste, un monstre. Et puis le Libanais a repris le dessus. Très vite. Il s’est détourné des images. De sa mémoire. Du passé, du présent, de l’à venir. Pour analyser. Pour aligner les hypothèses, les scénarii, pour fantasmer. «Ce sont les Israéliens.» Avec une facilité déconcertante, ils ont fait le lien, certes d’une logique limpide, entre le massacre de Sabra et de Chatila, le procès Sharon, Bruxelles, les sénateurs belges qui étaient à Beyrouth il y a quelques jours, Élie Hobeika leur aurait dit qu’il se sentait menacé. Qu’il allait témoigner. Qu’il allait confirmer l’évidente culpabilité d’Ariel Sharon. «Ce sont les Syriens. Ou les Libanais». Élie Hobeika en savait trop. Il savait tout, sur tout le monde, Élie Hobeika était un agent, un agent double peut-être. Il avait, disait-il, les preuves de son innocence. Une évidence : n’importe qui sauterait sur l’occasion du procès Sharon pour se débarrasser d’un témoin n° 1. Gênant, tellement gênant. «C’est la mafia locale, ce n’est pas politique». Peut-être. «Ce sont les Palestiniens». Peut-être. Sauf qu’ils ont un peu autre chose en tête en ce moment. «Pensez à la mort, il y a quelques jours, de Jean Ghanem. L’ami inséparable de Hobeika. Sa mort reste inexpliquée. Comment peut-on emboutir un arbre en voiture alors que l’on est sur une montée ? Élie Hobeika possédait certainement des preuves concrètes, il aurait pu les confier à Jean, son ami Jean…». Tiré par les cheveux, mais pourquoi pas ? Qui a tué HK ? À part les quelques millions de Libanais qui y croient dur comme fer, personne ne le sait. Ni ne le saura sans doute. Ceux qui ont commis le crime l’ont très bien fait. Très minutieusement. Mais au-delà ? À qui profite le crime ? Ceux-là sont nombreux, tellement nombreux. Et connus. Il y a aussi les autres, bien moins nombreux eux, qui pleurent ou qui saignent : sa femme, son fils, sa mère… Et le Liban. Parce qu’en assassinant Élie Hobeika, «ils» ont refait de ce pays une jungle. Une cocoteraie. Au Liban, Taëf a pris des chefs de milice et en a fait des ministres. Au Liban, la justice n’existe plus, elle n’est plus qu’un ectoplasme de justice. En France, malgré tous ses ratés, cette même justice a encore de beaux jours devant elle. En France, Loïc Le Floch-Prigent ou André Sirven sont en prison. En y réfléchissant un peu, la comparaison se tient. Et se tient bien. L’assassinat d’Élie Hobeika est une nouvelle (et réelle) plaie pour le Liban. Et dont les conséquences pourraient être désastreuses. Cet assassinat-là est plus qu’une affaire d’État. Pire. C’est une affaire de l’État. Mais il y a un problème : il n’y a pas d’État. Quelle que soit sa nationalité, il n’y a plus qu’un quatrième pouvoir. Et dans ce cas-là, ce n’est pas de la presse qu’il s’agit. Ziyad MAKHOUL
«C’est un moindre mal : parce que cet attentat visait quelqu’un de précis. Ce n’était pas une voiture piégée posée là, dans une rue, devant une maison, pour tuer en masse, comme avant, comme pendant la guerre…». Voilà comment une personnalité politique de premier plan a réagi, cinq minutes après qu’Élie Hobeika eût été tué. La réaction est saine. Compréhensible. Toutes les morts sont horribles. Mais en un clin d’œil, un pays a replongé, dans son ensemble, dix, vingt, vingt-cinq ans en arrière. Psychose, choc, dégoût. Une femme de ses amies, belle comme Deneuve, et brillante, pleurait, hier, HK. Des larmes, des torrents. Aux élections 2000, qu’il avait perdues, des foules hurlaient son nom. Pour d’autres, c’était une crapule finie, un sanguinaire, un fanatique, un terroriste, un monstre. Et...