Un an après l’arrivée aux commandes de George W. Bush, la relation privilégiée entre Washington et Londres est au beau fixe, même si les Britanniques ont parfois l’impression de ne pas être payés de retour pour leur loyauté. «Les relations entre Washington et Londres sont beaucoup plus fortes en janvier 2002 qu’on ne le prédisait il y a un an», observe le Pr Julie Smith, du Royal Institute of International Affairs (RIIA), un groupe de réflexion britannique qui fait autorité. La traditionnelle relation spéciale entre les deux pays avait beaucoup décliné ces dernières années, ajoute-t-elle dans un entretien avec l’AFP, et ne subsistaient surtout que des liens forts, mais personnels et intellectuels, entre le néotravailliste Tony Blair et le démocrate Bill Clinton. Tony Blair a été le premier chef de gouvernement de l’Europe des Quinze à se rendre à Washington après l’élection de M. Bush et ce premier contact avait semble-t-il été très cordial. À Camp David, le président américain avait fait rire les journalistes en révélant qu’il utilisait le même dentifrice que Tony Blair mais, derrière les risettes diplomatiques, de nombreux observateurs voyaient dans les relations entre les deux hommes quelque chose relevant plutôt du mariage de la carpe et du lapin. L’élément déclencheur, estime le Pr Smith, a été le 11 septembre. «Nous avons alors vu émerger un nouveau type d’alliance anglo-américaine, une alliance au sein de laquelle le Royaume-Uni est véritablement perçu comme un allié-clef des États-Unis». De fait, Tony Blair a dès les premières heures suivant les attentats pris la tête de la croisade européenne contre le terrorisme, multipliant les marques de solidarité avec le «grand frère» américain blessé et sillonnant le monde pour consolider la coalition antitalibane. Joignant le geste à la parole, les Britanniques ont été les seuls non-Américains à bombarder les forces talibanes (avec des missiles de croisière tirés par des sous-marins de la Royal Navy) et à participer activement ensuite aux opérations aériennes en ravitaillant les appareils américains. En Grande-Bretagne même, les marques de solidarité avec Washington ont abondé : musique de la garde du palais de Buckingham interprétant l’hymne américain, office religieux avec la reine à la cathédrale Saint-Paul, etc. «Cela durera ou ne durera pas», note Julie Smith, mais le sentiment qui domine, dans les cercles gouvernementaux britanniques, est que «la Grande-Bretagne a plus ou moins obtenu ce qu’elle souhaitait». Pas d’accord, rétorque le Pr (lord) William Wallace, de la London School of Economics. Il existe bien une relation forte entre les deux pays, affirme-t-il, «mais d’un point de vue américain, elle n’est plus privilégiée». Selon lord Wallace, «la relation la plus privilégiée (des États-Unis) est avec Israël» et la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France «sont considérées comme les partenaires européens les plus importants». Sans plus. Tony Blair a certes été ovationné par le Congrès américain, mais il n’a sans doute pas obtenu tout ce qu’il voulait. Les États-Unis ont conduit la guerre comme ils l’entendaient, n’acceptant l’aide étrangère – même britannique – que du bout des lèvres. «Difficile de dire s’il (Tony Blair) a gagné en influence (à Washington), poursuit lord Wallace. Franchement, je crois qu’il y a une certaine déception sur ce plan».
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