Après l’incursion des chars israéliens qui ont étendu dans la nuit leur emprise sur leur ville, les habitants de Ramallah hésitaient vendredi entre lassitude et volonté de combattre l’occupation. Tôt dans la matinée, une cinquantaine de personnes étaient rassemblées pour observer deux chars israéliens pointant leur canon sur le «Mukata», bâtiment qui abrite le quartier général du président palestinien Yasser Arafat à Ramallah (à une dizaine de kilomètres au nord de Jérusalem). Dans la nuit, en riposte à un attentat commis quelques heures plus tôt et qui a coûté la vie à six Israéliens, une colonne de chars et de véhicules blindés a franchi la ligne séparant les secteurs placés sous contrôle palestinien de ceux relevant des forces de sécurité israéliennes. «Je suis venu de Beitounia (village des environs) avec mon fils», indique Moati al-Najah, 38 ans, qui dirige un café Internet du centre de Ramallah. «Cela ne m’inquiète pas. Nous nous sommes habitués à voir ça», dit un homme, qui refuse de s’identifier. «Personne ne s’intéresse à nous. Il y a des chars israéliens au cœur de Ramallah, et la communauté internationale ne fait rien», dit-il, en colère. «Les Israéliens ne vont pas réoccuper toute la Palestine, même s’ils en rêvent, car la communauté internationale veille. Mais cela ne signifie pas qu’il y aura la paix», estime en revanche M. Najah. Jeudi soir, un Palestinien membre d’un groupe armé proche du Fateh, le mouvement de M. Arafat, a ouvert le feu dans une salle de la ville de Hadéra (nord d’Israël) où se déroulait une fête religieuse familiale juive, tuant six Israéliens avant d’être abattu. «On demande à Arafat d’empêcher la violence, alors qu’il est emprisonné par Israël. La maison de Taoufiq al-Tiraoui (chef des Renseignements palestiniens en Cisjordanie) a elle-même été encerclée. En tant que père de famille, je peux contrôler la situation à la maison, mais comment puis-je être tenu pour responsable de ce qui se passe dehors ?», demande M. Najah. Depuis le 3 décembre, à la suite d’une vague d’attentats anti-israéliens particulièrement meurtriers, M. Arafat est confiné à Ramallah, encerclé par l’armée israélienne. Plusieurs chars ont pris position vendredi dans le secteur d’al-Tireh, quartier résidentiel du sud de Ramallah. Un haut bâtiment a été occupé par l’armée israélienne à l’aube. Son gardien Assad Daraghmeh, 28 ans, indique : «Ici, il n’y a que des civils. Ils (les Israéliens) occupent (le bâtiment) parce qu’il surplombe la région». «À 09h, ils ont commencé à tirer en l’air, uniquement pour effrayer les enfants qui habitent l’immeuble. Les soldats ont indiqué qu’ils resteraient au moins trois jours et ont permis à un supermarché de livrer des vivres, car les gens n’ont pas le droit de sortir», dit-il encore. Ibtisam Hussein, 38 ans, mère de deux enfants, est plus agressive : «C’est une démonstration de force, mais ils n’effraient personne, pas même les enfants. Au contraire. Cette nouvelle invasion va nous renforcer dans notre volonté de combattre l’occupation». Quand les moteurs d’un char commencent à gronder, les enfants, pris de panique, s’enfuient toutefois en criant. «Le temps des réformes internes est venu. Si nous voulons préserver l’avenir du peuple, nous devons tous affirmer que nous voulons la paix, et que la paix viendra après la fin de l’occupation», renchérit un militant pour les droits civiques, Moustapha Barghouthi, qui habite lui-aussi al-Tireh. Ces mots sont ponctués par des rafales de balles caoutchoutées et réelles tirées par les troupes israéliennes contre une foule de jeunes qui attaquent les chars à coups de pierres, non loin des bureaux de M. Arafat : six personnes sont blessées, dont une grièvement, selon des sources hospitalières.
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