Les États-Unis vont affronter dans les jungles du sud des Philippines les musulmans du groupe Abu Sayyaf, cible de la nouvelle phase de leur «campagne antiterroriste». Après avoir neutralisé le réseau el-Qaëda dans les montagnes de l’Afghanistan, les militaires américains s’engagent maintenant dans des opérations conjointes aux côtés de l’armée philippine contre Abu Sayyaf qui se terre au cœur de la jungle philippine. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a indiqué que 250 militaires américains se trouvent déjà en différents points des Philippines, confirmant le déploiement de son armée dans le sud de l’archipel, notamment sur les îles de Basilan et de Jolo où les rebelles se livrent à des prises d’otages, notamment de deux Américains. La fonction de «centaines de militaires» américains sera, selon lui, d’entraîner les forces gouvernementales et de faire «des manœuvres» avec elles. Les responsables philippins ont affirmé que certains militaires des forces spéciales américaines seront aux côtés des soldats philippins dans la traque des rebelles islamistes et feront usage de leurs armes s’ils sont attaqués. Pour les experts, les États-Unis prennent un risque calculé dans cette opération, dans la mesure où ces militaires sont susceptibles d’être piégés et faits prisonniers par les rebelles bien implantés sur les îles de Basilan et de Jolo. Mais les militaires américains devraient principalement rester dans les cantonnements militaires, et s’ils en sortent, ce sera aux côtés de soldats philippins en charge de leur sécurité, ont indiqué des responsables. Un ancien des services de renseignements de l’armée philippine, Alfred Filler, qui a passé dix ans à étudier Abu Sayyaf, juge que le mouvement rebelle, en dépit de ses effectifs réduits, est particulièrement déterminé et combatif. «Six mois devraient être nécessaires pour éliminer ce mouvement», affirme ce militaire à la retraite. Un demi-millier de combattants constituent le «noyau dur» d’Abu Sayyaf, mais ces derniers disposent de milliers de sympathisants dans les villages, grâce auxquels les opérations de l’armée régulière ont été neutralisées depuis dix ans. Les rebelles sont bien armés et connaissent la jungle comme leur poche. Le secrétaire (ministre) philippin à la Défense, Angelo Reyes, a souligné hier que les Américains sont prêts. «Nous leur avons demandé : que ferez- vous s’il arrive quelque chose à l’un de vos hommes? Êtes-vous prêts à accepter des pertes. Ils ont répondu “oui pas de problème”», a rapporté M. Reyes. Jusqu’à présent, Manille a mobilisé en vain 5 000 hommes pour retrouver les otages américains sur l’île de Basilan. Le groupe Abu Sayyaf («Porteur de l’épée») a été fondé au début des années 90 par un prédicateur musulman, Abdurajak Janjalani, qui, selon la presse, aurait été entraîné en Afghanistan. Les chefs militaires philippins affirment que le groupe rebelle a ensuite reçu une aide sous forme d’armes et d’entraînements du réseau el-Qaëda, inspirateur présumé des attentats du 11 septembre aux États-Unis.
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