Le gouvernement d’intérim afghan a annoncé mercredi l’interdiction de la culture, du trafic et de l’usage du pavot, a annoncé la télévision afghane. Le gouvernement a demandé aux autorités provinciales qu’elles agissent d’urgence contre la culture et le traitement du pavot (utilisé pour la fabrication de l’opium) a ajouté la télévision. Les contrevenants «seront traités en criminels et seront confrontés à la loi», a indiqué la télévision, citant la présidence du gouvernement d’intérim. Les autorités demanderont l’aide de l’Onu et de la communauté internationale pour la reconversion des cultures et, en général, pour le développement de l’agriculture, a ajouté la même source. Les plantations de pavot, totalement éradiquées du temps des talibans, avaient repris dans le sud-est et l’est du pays entre octobre et novembre, à la faveur des bombardements américains qui avaient laissé supposer aux paysans que les talibans ne seraient plus au pouvoir au moment de la récolte, en avril-mai. Selon Bernard Frahi, directeur pour l’Afghanistan et le Pakistan du programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (Pnucid), l’Afghanistan produisait en 1999 quelque 73 % du marché mondial de l’opium. L’année suivante, la production avait enregistré une chute de 94 % du fait d’un décret du chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar, le 27 juillet 2000, interdisant cette culture. Les 3 300 tonnes d’opium commercialisées par l’Afghanistan sont devenues 185 tonnes après l’application du décret du mollah Omar, qui avait interdit cette culture. La province du Badakhshan (nord-est), seule province alors contrôlée par l’Alliance du Nord, qui a fait son entrée il y a deux mois à Kaboul, avait produit 83 % de ce dernier chiffre. Avant le décret, la zone sous contrôle des talibans produisait 96 % des cultures d’opium du pays, réparties sur 78 000 hectares. Après, la surface cultivée en pavot est tombée à 43 hectares dans ces régions. L’Afghanistan est tout de même resté le deuxième producteur mondial d’opium 10 % (derrière la Birmanie). M. Frahi, qui se trouve actuellement en Afghanistan, avait exposé aux nouvelles autorités afghanes «la projection négative» au plan international d’une Administration afghane qui tolérerait cette culture et ce trafic. Le trafic pose par ailleurs selon lui «un problème important de sécurité» aux pays voisins, dont l’Iran et le Pakistan. La semaine dernière, la force antinarcotique pakistanaise avait saisi un chargement de 630 kilogrammes d’opium et de 250 kilogrammes de morphine, qui aurait atteint sur les marchés européens une valeur supérieure à 500 millions de dollars. L’opium, qui peut se conserver jusqu’à huit ans, constitue une réserve pour les paysans, et parfois même une unité monétaire, leur épargne étant constituée par leur stock. En Afghanistan, un hectare de plantation de pavot peut produire 50 kilogrammes d’opium qui se vendent actuellement à 190 dollars le kg, soit 9 500 dollars. La même surface plantée en blé rapporte environ 585 dollars.
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