Les responsables américains ont accueilli avec irritation la libération d’ex-ministres talibans par les autorités de Kandahar, qui apparaît comme un nouvel accroc dans la chasse aux chefs de la milice fondamentaliste et du réseau d’Oussama Ben Laden. Cet incident illustre le peu de contrôle que les États-Unis ont sur les groupes armés afghans dont ils se sont servis pour évincer les talibans, mais dont les intérêts aujourd’hui diffèrent diamétralement de ceux de Washington. «Nous avons toujours souligné que nous estimons que les chefs des talibans doivent être arrêtés. Nous souhaitons que cela soit le cas avec ces gens et je suis sûr que nous allons suivre ce dossier», a indiqué le porte-parole du département d’État Richard Boucher. Il commentait des informations selon lesquelles au moins deux ministres talibans faisaient partie d’un groupe de huit hauts responsables qui s’étaient livrés au gouverneur de Kandahar, pour repartir ensuite en toute liberté. Le gouvernement intérimaire de Kaboul, inquiet des répercussions d’un tel incident sur le soutien qu’il attend des États-Unis, a assuré que la libération de hauts responsables de la milice était inacceptable. Des porte-parole du gouverneur de Kandahar, Haji Gul Agha, ont donné des versions différentes de l’incident, notamment sur l’identité des talibans en cause, mais n’ont à aucun moment indiqué leur intention de livrer des talibans. «Nous ne livrerons pas de tels talibans à l’Amérique. C’est à nous de gérer ce problème», a notamment déclaré un porte-parole des autorités de Kandahar, Mohammad Jalal. Le chef d’état-major interarmées américain, le général Richard Myers, avait pourtant très clairement appelé les responsables afghans à remettre aux forces américaines leurs prisonniers talibans ou des membres d’el-Qaëda. «À l’évidence, des personnalités de cette stature dans la direction des talibans intéressent beaucoup les États-Unis, et nous nous attendons à ce qu’ils nous soient livrés absolument», a assuré le général Myers. Cette controverse intervient après un autre revers important pour les États-Unis avec la disparition récente du mollah Mohammad Omar et de centaines de combattants dans le secteur de Bagram, au nord-ouest de Kandahar. «Il y avait des forces protalibans dans la région qui négociaient avec des forces antitalibanes pour leur reddition», a récemment expliqué le chef adjoint de l’état-major interarmées, l’amiral John Stufflebeem. «Je ne peux pas vous dire exactement comment cela s’est terminé, mais cela n’a certainement pas conduit à des interpellations», a-t-il reconnu. «J’imagine donc qu’il y a des individus qui sont passés de l’autre côté, qui ont déposé leurs armes. Il y en a d’autres qui on payé de l’argent pour pouvoir partir. Il y en d’autres qui se sont simplement évanouis dans la nature», a-t-il encore admis. Cette série d’incidents, après la disparition dans les montagnes de Tora Bora (est) de Ben Laden lui-même, a incité la presse américaine à prendre une approche critique de l’usage extensif fait par les stratèges américains des groupes afghans comme supplétifs dans la bataille contre les talibans. Présenté au départ comme la meilleure stratégie pour éviter des pertes lourdes dans les rangs américains et profiter de la connaissance du terrain des combattants locaux, le recours aux différentes alliances afghanes a rapidement démontré ses limites. Le peu d’entrain avec lequel ces groupes ont participé à la traque aux talibans ou à el-Qaëda prouve que dans un pays qui a connu 23 ans de violences, de luttes d’influence, de changements d’alliances, le désir de désigner des coupables et de les punir qui anime les États-Unis est loin d’être largement partagé.
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