La société des Ciments Libanais change de nom pour devenir (à partir du 1er janvier 2002) Holcim Liban. La décision reflète celle de la maison-mère, le deuxième groupe cimentier au monde qui a abandonné le nom de Holderbank, car celui-ci était trop souvent identifié au secteur bancaire alors que l’appellation correspond au village d’origine de la société suisse née en 1912. Le groupe Holcim qui détient 55 % des droits de vote dans Holcim Liban est présent dans 70 pays répartis à travers les cinq continents. Le groupe compte 140 usines et emploie environ 45 000 personnes. Au Moyen-Orient, il opère en Égypte, au Yémen et, à travers une participation, à Chypre. Au Liban, la société des Ciments Libanais a été créée en 1929 par des investisseurs français et le patriarcat maronite. Le groupe suisse a repris le relais en 1933 et conserve, depuis, la majorité. Quatre pour cent du capital appartiennent toujours au patriarcat, tandis que le reste est coté à la Bourse de Beyrouth. «Le changement de nom correspond aussi à une évolution de la société au niveau local», précise Dominique Drouet, président de Holcim Liban depuis 1999. La nouvelle identité accompagne en effet une nouvelle phase de la vie de la société qui a entamé son redressement alors qu’elle a failli mettre la clé sous la porte, il y a trois ans. Après trois exercices consécutifs de pertes, «nous afficherons des pertes pour 2001 aussi, mais notre résultat opérationnel est positif (y compris les coûts de restructuration) et le solde final est dû au redressement fiscal imposé par le ministère des Finances (que nous contestons) et aux provisions constituées pour les pertes de notre filiale, Ciments blancs». La situation financière de cette société est telle que la fermeture pure et simple de l’usine est envisagée. La société qui produit 60 000 tonnes de ciment blanc par an (contre 1,3 million de tonnes de production de ciment gris pour Holcim et 80 000 mètres cubes de béton pour l’autre filiale, Holcim Béton) emploie cent personnes «alors qu’il n’en faudrait pas plus de 15», selon M. Drouet. Holcim a proposé un plan de restructuration de Ciments blancs dont elle a récemment acquis 5 % du capital, devenant majoritaire, mais se retrouve confrontée à une grève des employés. À plus grande échelle, seule la restructuration des Ciments Libanais a permis la survie de l’entreprise qui, gangrenée par la corruption et une mauvaise gestion héritée de la guerre, accumulait les pertes. Un plan en deux ans a diminué les effectifs de 900 à 200 personnes. Parallèlement, un investissement de 200 millions de dollars lancé en 1995 a doté l’usine d’un nouveau four à partir de 1998. «Ce four était pendant quelques mois le plus grand au monde, avant la construction d’un autre en Asie», dit M. Drouet. Conçu aux normes européennes, il permet à Holcim d’exporter 20 % de sa production vers l’Europe et le Maghreb. C’est que le marché libanais souffre d’une surcapacité de production, obligeant les intervenants à trouver des débouchés à l’étranger. «À nous seuls, nous pourrions assurer la totalité des besoins du marché libanais», explique M. Drouet. Holcim assure un peu moins de la moitié de la production libanaise totale qui est de 2,7 millions de tonnes. Le reste est réparti entre Sibline, la Cimenterie nationale et un nouveau venu, Cimenterie du Moyen-Orient. Au plus fort de la période de reconstruction, le marché libanais avait atteint une production de cinq millions de tonnes, ce qui a incité les intervenants à augmenter leur capacité de production (à l’exception de Holcim). Ils se trouvent aujourd’hui confrontés à des problèmes d’amortissement. D’autant que l’industrie du ciment est une industrie lourde dans laquelle «100 dollars d’investissements permettent de réaliser à peine 15 dollars de chiffre d’affaires», dit M. Drouet. Étant donné l’ampleur des frais fixes, la moindre occasion d’exportation est exploitée, même si vendre à l’étranger nécessite de consentir des rabais très importants. Le ciment est en effet une matière première très bon marché (68 dollars la tonne) et son transport coûte donc relativement très cher. Le paradoxe est là : aucun cimentier au monde ne peut vivre de ses exportations (réalisée à un prix inférieur au prix de revient) et pourtant la part des exportations dans le secteur libanais est appelée à augmenter en raison des excédents de 50 % dégagés sur le marché local. «Tous les pays sont à un moment ou à un autre excédentaires, c’est l’éternel pendule de l’histoire du ciment». Une situation qui n’est pas sans risque pour les entreprises du secteur. Évolution du cours des Ciments Libanais (Holcim Liban) Début 1997 1,16 $ Début 2000 16/32 $ Début 2001 13/32 $ Fin 2001 14/32 $ Sibylle RIZK
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