Les États-Unis pourraient donner suite aux efforts diplomatiques du président pakistanais, Pervez Musharraf, lors du 11e sommet de l’Asie du Sud à Katmandou, en nommant un envoyé spécial dans la région, chargé d’une médiation entre l’Inde et le Pakistan. Washington décidera cette semaine de l’éventuelle désignation d’un émissaire spécial pour l’Asie du Sud, espérant ainsi calmer les tensions entre les deux pays, susceptibles de constituer un sérieux obstacle à la lutte contre le terrorisme dans la région. «Nous examinons la possibilité d’envoyer quelqu’un pour renforcer nos efforts et nous allons regarder cela de très près la semaine prochaine» après la clôture du sommet de Katmandou, a indiqué vendredi le secrétaire d’État américain, Colin Powell, qui a par ailleurs téléphoné samedi à M. Vajpayee. La crise entre les deux voisins a été provoquée par une attaque contre le Parlement indien le 13 décembre. L’Inde a accusé des groupes islamistes venus du Pakistan d’être responsables de cette attaque, affirmant qu’ils avaient agi avec le soutien des services secrets pakistanais. M. Powell a passé les fêtes de Noël et du Nouvel An au téléphone avec New Delhi et Islamabad, tandis que les deux pays rivaux plaçaient leurs troupes en état d’alerte, haussaient le ton et réduisaient le niveau de leur représentation diplomatique. Le président américain, George W. Bush, a appelé les responsables des deux pays le week-end dernier. En outre, Washington a pris contact sur ce sujet avec la Grande-Bretagne (dont le Premier ministre, Tony Blair, est en visite dans la région pour une mission de paix) ainsi qu’avec la Russie et les Nations unies. Depuis l’attaque du Parlement indien, Washington est à la recherche d’un difficile équilibre diplomatique entre les deux pays rivaux. George W. Bush a récemment déclaré à l’issue d’une conversation avec le Premier ministre indien : «Je peux comprendre ce qu’il ressent. Si quelqu’un attaquait le Capitole (siège du Congrès américain), je serais aussi en colère». Tout en montrant son soutien à l’Inde, l’Administration Bush a le souci d’éviter de mettre en danger la position politique de M. Musharraf. Les responsables américains sont conscients que le président pakistanais fait face à une virulente opposition interne, issue de l’armée, des services secrets et aussi des militants islamistes. Or, le Pakistan est crucial pour les opérations américaines en Afghanistan. Ce pays a fourni des renseignements, un support logistique et a aidé à mettre la main sur des membres du réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden, suspect numéro un dans les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Shireen Hunter, qui dirige un programme sur l’islam au Centre d’études internationales stratégiques à Washington, estime que l’Administration américaine est dans une position délicate. «Selon moi, les Américains sont dans une position extrêmement délicate parce qu’ils ont besoin d’un Pakistan stable (...) à un moment où Musharraf est la seule personne disponible». Les États-Unis ont tenté de gérer la crise entre les deux pays en montrant de façon répétée leur sympathie à l’Inde et en appelant au calme. Pour ce qui est du Pakistan, ils ont loué la conduite de M. Musharraf tout en maintenant en coulisses une forte pression diplomatique.
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