Amina Afzali, qui dirige le Mouvement des femmes afghanes, a appelé celles-ci, hier, à enlever leur burqa, symbole des années de pouvoir des talibans. Dans une société aussi traditionaliste que l’est l’Afghanistan, même après le départ des étudiants en religion, Amina Afzali prend toutefois la précaution de s’appuyer sur le Coran pour justifier son appel. Elle souligne que si le livre saint de l’islam impose aux femmes de se couvrir la tête et le corps, il ne prévoit pas qu’elles se couvrent les mains et le visage. «Le saint Coran (...) est le guide (...) que les musulmans du monde entier doivent prendre pour modèle», a expliqué Amina Afzali, à la radio afghane. «Pendant le Hadj (le pèlerinage à La Mecque), des femmes de divers pays marchent vers le lieu de culte avec leurs frères et jusqu’à présent aucune femme n’a couvert son visage en accomplissant cette coutume sacrée». Lors des pourparlers de Bonn auxquels elle a participé comme déléguée, au début du mois, Amina Afzali portait elle-même un foulard traditionnel, au contraire des déléguées vivant en Europe ou aux États-Unis qui se contentaient d’un foulard de soie ou étaient tête nue. Les déclarations d’Afzali, dont le mouvement relève du gouvernement provisoire de Hamid Karzaï, interviennent à la suite d’informations selon lesquelles des femmes qui travaillaient avant la prise de pouvoir des talibans auraient été priées d’enlever leur voile pour retrouver leur place. Dès leur prise de pouvoir, en 1996, les talibans interdirent aux femmes la plupart des emplois et les contraignirent à porter la burqa pour sortir de chez elles. Depuis leur défaite, beaucoup de femmes continuent d’être voilées de la tête aux pieds, même si beaucoup de celles interrogées acceptent l’idée de se découvrir pour travailler. La prudence de Hamid Karzaï Dans son allocution, dimanche, Amina Afzali n’a pas évoqué la prochaine question que les femmes afghanes ne manqueront pas de poser : devront-elles enlever leur voile seulement au travail, où pourront-elles aussi se passer de leur burqa sur le chemin y conduisant ? Le gouvernement provisoire a été beaucoup plus rapide à régler la question du code vestimentaire des hommes, qui sont dorénavant priés d’arborer des barbes taillées et de porter des vêtements occidentaux s’ils travaillent à des emplois officiels – ce qui était formellement interdit par les talibans. Cette décision n’a toutefois pas provoqué l’enthousiasme de nombre de fonctionnaires qui ont fait remarquer que, n’étant pas payés depuis des mois, ils n’ont pas les moyens de s’offrir une tenue à l’occidentale. Avant même le changement de ces codes vestimentaires, le clergé musulman avait prévenu le gouvernement intérimaire qu’il ne parviendrait à s’imposer que s’il n’interférait pas avec les traditions afghanes. L’aristocrate pachtoun Hamid Karzaï, jusqu’alors habitué des vestons croisés décontractés, a pris soin depuis qu’il est à Kaboul d’arborer des tenues traditionnelles ouzbèkes et des toques en laine de mouton perses. Un autre dirigeant afghan apprit à ses dépens les risques à trop s’aventurer sur les chemins de la modernité : le roi réformiste Amanullah, au pouvoir dans les années 1920, admirateur du réformateur turc Kamal Ataturk, avait appelé les femmes à enlever leur voile et portait lui-même des tenues officielles occidentales. Il fut chassé par une rébellion, en 1929.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Amina Afzali, qui dirige le Mouvement des femmes afghanes, a appelé celles-ci, hier, à enlever leur burqa, symbole des années de pouvoir des talibans. Dans une société aussi traditionaliste que l’est l’Afghanistan, même après le départ des étudiants en religion, Amina Afzali prend toutefois la précaution de s’appuyer sur le Coran pour justifier son appel. Elle souligne que si le livre saint de l’islam impose aux femmes de se couvrir la tête et le corps, il ne prévoit pas qu’elles se couvrent les mains et le visage. «Le saint Coran (...) est le guide (...) que les musulmans du monde entier doivent prendre pour modèle», a expliqué Amina Afzali, à la radio afghane. «Pendant le Hadj (le pèlerinage à La Mecque), des femmes de divers pays marchent vers le lieu de culte avec leurs frères et jusqu’à présent...