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Actualités - Opinions

Le renard passe, passe…

Entre deux bouchées de foie gras, deux paquets que l’on déballe, deux conversations téléphoniques, deux mails, deux grottes piégées, détruites, du côté de Tora Bora, entre deux diatribes furibardes de Hassan Nasrallah, dans les rues, les restaurants, et peut-être, qui sait – on peut toujours espérer être un jour gérés, gouvernés –, au cours du Conseil des ministres, il y a la question : «À quand notre tour ?». Il n’y a pas que la Somalie, le Yémen, le Soudan, l’Irak et Dieu sait qui. Il y a aussi le Liban. Sans paranoïa, alarmisme ou psychose aigus mais loin de cette imbécillité heureuse d’un pouvoir autruche qui ne veut plus voir ni entendre, ce «à quand notre tour ?», cette question leitmotiv que se posent les Libanais entre attentisme, appréhension et fatalisme ne cesse de gonfler. Un peu plus chaque jour. Comme une rumeur, elle s’amplifie. Un peu plus chaque jour parce que portée par les «efforts» continus de Washington. Son zèle. Il y a eu les déclarations tonitruantes, spectaculaires de l’ambassadeur Vincent Battle, qui a cru pouvoir rectifier, version US, les mots d’Émile Lahoud : «Le Hezbollah a des activités supranationales». Il y a eu William Burns, venu confirmer, fermement, en coulisses, les mots du diplomate par trop fougueux. Et puis, surtout, il y a eu, il y a, et sans doute y aura-t-il, l’omnipotente Condoleeza Rice. Sérénissime conseillère à la Sécurité nationale de Bush Jr, dont aucun vent, aucun ouragan ne vient troubler la toujours parfaite et si lisse coiffure. De mise en garde en mise en garde, cette pythonisse un peu cartomancienne suggère, prévient, recommande. Avant d’exiger. C’est évident : qu’est-ce qu’il attend, le Liban ? Au nouvel ordre mondial post-11 septembre, personne n’échappe. Personne n’échappera. Pas visionnaires pour un sou, et un peu farceurs, les dirigeants libanais continuent de jouer, sans jamais s’ennuyer ou tricher, au désormais bien insupportable jeu du «Bachar a dit… ». Si seulement ils s’y amusaient. Lâché, dit-on, par l’Iran, le Hezbollah-branche militaire ne semble plus dépendre, en gros, que de Damas. Et n’est plus soutenu dans ses options jusqu’au-boutistes, outre par le palais des Mouhajerine, que par Beyrouth. Aveugle et suiviste comme on n’en fait plus. Personne ne demande à l’ensemble des dirigeants libanais de se dédire. De perdre encore – même s’ils en ont la bien triste habitude – du peu de crédibilité qui leur reste. Personne ne leur demande d’exiger du Hezb de cesser définitivement ses activités militaires. Ou d’attendre le bon vouloir d’une grande sœur apparemment en bien mauvaise posture. Parce que Hassan Nasrallah est intelligent. Alors pourquoi, sachant parfaitement que le vent a bel et bien tourné, sachant pertinemment que même une bonne partie des Palestiniens – ceux de l’Autorité inclus – ne veulent plus de ses (petites) démonstrations de force, pourquoi ne range-t-il pas sa démagogie et son héroïsme aujourd’hui obsolète, au vestiaire ? Pourquoi s’entête-t-il à être bien plus royaliste que le vieux roi ? Pourquoi n’engage-t-il plus son parti sur la voie d’un Sinn Féin proche-oriental, à l’abri d’une Constitution libanaise garantissant un Liban multiconfessionnel ? Bien naïves questions, n’est-ce pas ? Sauf que… Cessons de jouer les duchesses offensées et de reprocher aux États-Unis leur (réelle, certes) ingérence, leurs conseils. Avec un peu d’intelligence, de prévision, de courage et de conscience nationale, le Liban est parfaitement capable de se débrouiller. Tout seul. Il est grand temps que cesse enfin la crise d’adolescence d’un Liban toujours fourré, à son âge, dans les jupes de sa grande sœur. Il est grand temps : le nouvel ordre mondial est un bulldozer. Il n’attend pas. Dieu que la facture 2002 qui nous sera, à notre tour, présentée risque, sinon, d’être salée.
Entre deux bouchées de foie gras, deux paquets que l’on déballe, deux conversations téléphoniques, deux mails, deux grottes piégées, détruites, du côté de Tora Bora, entre deux diatribes furibardes de Hassan Nasrallah, dans les rues, les restaurants, et peut-être, qui sait – on peut toujours espérer être un jour gérés, gouvernés –, au cours du Conseil des ministres, il y a la question : «À quand notre tour ?». Il n’y a pas que la Somalie, le Yémen, le Soudan, l’Irak et Dieu sait qui. Il y a aussi le Liban. Sans paranoïa, alarmisme ou psychose aigus mais loin de cette imbécillité heureuse d’un pouvoir autruche qui ne veut plus voir ni entendre, ce «à quand notre tour ?», cette question leitmotiv que se posent les Libanais entre attentisme, appréhension et fatalisme ne cesse de gonfler. Un peu plus...