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Actualités - Opinions

IMPRESSION - Contes à rebours

Les contes de Noël sont irrémédiablement tristes et leurs fins désespérantes. Je pense en particulier à La petite fille aux allumettes, sa fuite en avant : elle craquait l’une après l’autre les allumettes qu’elle était supposée vendre par crainte d’être battue par son père ; sa dépendance au rêve : la lueur des allumettes lui laissait entrevoir tantôt la chaleur d’un foyer et d’un repas de fête, tantôt les joujous qu’aucun miracle ne lui permettrait de recevoir, et enfin la grand-mère aimante qui lui tendait la main, l’invitant à la rejoindre dans un monde meilleur. Ce qu’elle fit à la dernière allumette, échappant ainsi définitivement au froid, à la faim, à la frustration et au courroux paternel. Des petites filles et des petits garçons aux allumettes, il y en a plein la planète, et qui rêvent de mourir, parfois rien que pour fuir les ostentations du Noël des autres. Alors, je ne raconterai pas ce conte de Noël que je me promettais d’écrire. Je n’ajouterai pas une histoire triste à la théorie de celles que suintent les livres d’enfants, je n’appellerai pas «délivrance» la mort de La petite fille aux allumettes, ni celle de La chèvre de Monsieur Seguin, je ne ferai pas croire à la résurrection de Blanche -Neige ni à celle de La Belle au bois dormant ni à la transformation de Pinocchio en humain. Je ne vous ferai pas avaler que le petit garçon pauvre et malade des confins de la Russie fut heureux, avant de le connaître, de trouver Michka, le petit ours aussi miteux que généreux de sa personne dans l’âtre froid de son isba, le matin de Noël : les enfants pauvres veulent, comme tous les autres, les cadeaux impossibles gribouillés sur leurs listes et que souvent on n’a pas encore inventés. En particulier les jouets «vivants». Mais qu’est-ce qu’un jouet vivant sinon un compagnon de jeu, parade rêvée contre la solitude, tremplin fabuleux vers l’adulte qu’on voudrait être. En somme, le jouet idéal, ce serait un peu un ami idéal. «Interactif», comme qui dirait… On a longtemps répété après Sartre que L’enfer c’est les autres». Mais voilà que les spécialistes de la spécialité se penchent sur cet enfer-là et découvrent et clament que de ces autres-là dépend aussi le paradis. Les chrétiens ont longtemps répété, eux, que «Noël, ô mon frère, c’est l’amour !». Voilà que la Faculté le confirme : avoir quelqu’un à aimer, avec un ruban autour, ça c’est un joli cadeau de Noël. Et qui vous accroche à la vie, et qui vous rend le monde meilleur – «en vrai», et qui permet de vivre heureux sans forcément avoir d’enfants. Joyeux Noël !
Les contes de Noël sont irrémédiablement tristes et leurs fins désespérantes. Je pense en particulier à La petite fille aux allumettes, sa fuite en avant : elle craquait l’une après l’autre les allumettes qu’elle était supposée vendre par crainte d’être battue par son père ; sa dépendance au rêve : la lueur des allumettes lui laissait entrevoir tantôt la chaleur d’un foyer et d’un repas de fête, tantôt les joujous qu’aucun miracle ne lui permettrait de recevoir, et enfin la grand-mère aimante qui lui tendait la main, l’invitant à la rejoindre dans un monde meilleur. Ce qu’elle fit à la dernière allumette, échappant ainsi définitivement au froid, à la faim, à la frustration et au courroux paternel. Des petites filles et des petits garçons aux allumettes, il y en a plein la planète, et qui...