Gilbert Bécaud est décédé d’un cancer à l’âge de 74 ans. Le chanteur aura marqué pendant un demi-siècle l’histoire de la chanson française, avec un sens du swing qui lui valut dès ses débuts le surnom de «Monsieur 100 000 volts». Avec quelque 400 chansons à son répertoire, dont une vingtaine de tubes qui ont traversé toutes les modes, Gilbert Bécaud a eu une carrière dont la longévité n’a guère pour équivalent que celle de Charles Trénet, et qui s’identifie pour une grande part à l’histoire de l’Olympia où il s’est produit plus de trente fois. Né le 24 octobre 1927 à Toulon dans une famille de petits commerçants, Gilbert Bécaud – de son vrai nom François Gilbert Silly – fait des études aussi brèves que médiocres. Mais, simultanément, il suit des cours de piano au conservatoire de Nice, où la petite histoire lui prête comme professeur le virtuose polonais Ignacy Paderewski. «Monté» à Paris dès la Libération, Gilbert Bécaud mettra aussitôt à profit ses talents de pianiste dans divers night-clubs. Il y fait la connaissance du chanteur Jacques Pills, dont il devient rapidement l’accompagnateur. Cette rencontre s’avère décisive en raison de la personnalité de l’épouse de Jacques Pills, qui n’est autre qu’Édith Piaf. Confirmant sa réputation de découvreuse de talents, elle l’incite à l’interprétation et lui présente le préfet-poète Louis Amade qui sera, avec Pierre Delanoë, l’un de ses principaux paroliers. Aucun bide Gilbert Bécaud va connaître un succès foudroyant. Après quelques passages dans des cabarets parisiens en vogue, il fait des débuts fracassants à l’Olympia, où il se produit comme tête d’affiche en avril 1954. Ce spectacle restera dans l’histoire du music-hall français comme celui où, pour la première fois, des sièges sont brisés par des spectateurs électrisés par le rythme de la musique, événement qui vaut à Gilbert Bécaud le surnom qui le suivra toute sa carrière : «Monsieur 100 000 volts». Toujours vêtu d’un costume bleu nuit, une éternelle cravate à pois sur sa chemise blanche, Bécaud ne fera qu’une infidélité à l’Olympia, en fêtant ses quarante ans de carrière au Palais des Congrès, en 1993. Cette exception mise à part, le compte de ses productions sur cette scène mythique dépasse la trentaine et c’est d’ailleurs lui qui est choisi en 1997 pour inaugurer la nouvelle salle, rénovée à l’identique. Au faîte de sa gloire, il donne jusqu’à 250 représentations par an en province et à l’étranger où il est un véritable ambassadeur de la chanson française. En 1966, il reste trois semaines à l’affiche à Broadway. L’une de ses chansons les plus célèbres, Et maintenant, a connu un succès gigantesque outre-Atlantique dans sa version anglaise (What Now My Love), interprétée par quelque 150 artistes, dont Frank Sinatra et Barbra Streisand. À l’image de ce tube, l’essentiel du répertoire de Bécaud était composé de chansons sentimentales dont certaines sont restées sur toutes les lèvres : Nathalie, L’important c’est la rose, Quand il est mort le poète, Le jour où la pluie viendra, etc. Également réputé pour des chansons enjouées telles que Les marchés de Provence, L’orange ou encore Le petit oiseau de toutes les couleurs, Gilbert Bécaud est plus décrié lorsqu’il interprète, en 1965, une chanson à la gloire du général De Gaulle, alors chef de l’État, Tu le regretteras. En 1999, il enregistre un disque plus grave, intitulé Faut faire avec. Il venait de terminer son dernier disque, Mon Cap. Affirmant n’avoir jamais connu de «bide» sur scène, il avait en revanche échoué dans ses tentatives pour diversifier ses activités, aussi bien au cinéma que dans la production d’œuvres musicales plus ambitieuses. Une œuvre lyrique, L’Opéra d’Aran (1962) et une comédie musicale, Roza (1986), adaptée du roman d’Émile Ajar/Romain Gary, avaient été éreintés par la critique. Marié deux fois, père de six enfants dont une petite Laotienne adoptée en 1992, Gilbert Bécaud partageait sa vie entre une propriété dans le Poitou, une maison en Corse et une péniche amarrée en région parisienne.
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