Il est des clichés tenaces, comme celui-ci, par exemple, que le Libanais ne sait pas faire la queue en raison de son indiscipline congénitale. Et de fait, le resquillage est chez nous une tentation irrépressible. Il suffit qu’une queue se forme pour que des tactiques d’esquive se fomentent en secret. On en connaît qui somatisent : dès qu’ils voient une queue, ils tournent de l’œil et se retrouvent sans détour derrière le comptoir convoité. Il paraît que ça s’appelle «l’oppression de la queue» ce qui vous a tout de même une autre gueule que sa dépression. D’autres préfèrent soudoyer les services d’ordre, quitte à payer leur place trois fois le prix de ce qu’ils auraient attendu d’acheter. Ça s’appelle l’impatience, et c’est impayable. En cas de succès, on regardait autrefois l’impatient avec une envie mêlée d’une certaine considération, valeur ajoutée d’un tour a priori répréhensible. Mais les mœurs ont changé, et à force de prendre, au fil des années, tous leurs maux en patience, les Libanais ne supportent plus l’impatience des autres. On a pu voir, samedi dernier, devant une boutique de luxe, des resquilleurs littéralement téléportés vers leurs places d’origine par la foule des queutards. Une foule qui a eu pendant dix-sept ans son lot de queues obligatoires, tantôt pour l’essence, tantôt pour l’eau, tantôt pour le pain, tantôt pour les barrages, tout à coup réjouie de faire la queue pour le plaisir. Et aucune force au monde ne retardera ce moment-là, où l’on franchit enfin le portillon sacré pour s’offrir sa babiole à 50 %. Depuis, le «pour cent» fait florès. Il suffit de limiter une offre pour créer une émeute. En économie, cela s’appelle la gestion de pénurie. Pour le Libanais, consommateur dans l’âme, même en pleine crise économique, c’est l’occasion d’affoler son banquier et de racler ses fonds de tiroir en essayant de prouver, comme dans une célèbre pub de détergent, que même «quand y en a plus, y en a encore !».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il est des clichés tenaces, comme celui-ci, par exemple, que le Libanais ne sait pas faire la queue en raison de son indiscipline congénitale. Et de fait, le resquillage est chez nous une tentation irrépressible. Il suffit qu’une queue se forme pour que des tactiques d’esquive se fomentent en secret. On en connaît qui somatisent : dès qu’ils voient une queue, ils tournent de l’œil et se retrouvent sans détour derrière le comptoir convoité. Il paraît que ça s’appelle «l’oppression de la queue» ce qui vous a tout de même une autre gueule que sa dépression. D’autres préfèrent soudoyer les services d’ordre, quitte à payer leur place trois fois le prix de ce qu’ils auraient attendu d’acheter. Ça s’appelle l’impatience, et c’est impayable. En cas de succès, on regardait autrefois l’impatient avec...