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Actualités - Chronologies

IMPRESSION - Avent -

Non, Monsieur Pivot, je ne ferai plus cette grande faute : tous les avants du monde s’écrivent «avant», sauf celui de Noël qui se prend un «e» parce qu’il est différent, et une majuscule parce qu’il est autrement. Dans les calendriers de notre enfance, la vie commençait le 1er décembre et le temps paraissait si long, de case en case et de fenêtre en fenêtre jusqu’à la nuit majestueuse du 24, porteuse à elle seule de toutes les promesses de la vie. Et comme ces trois semaines et trois jours progressaient lentement, lourds comme le voyage des Rois mages dans le désert, comme le ciel de décembre quand on y songe, et qu’on se demande encore d’où et comment poindra l’étoile entre les embouteillages et la pluie. Pour tromper cette attente déjà deux mille et une fois revécue, combien de graines plantées et qu’on regarde germer jour après jour au pied de la crèche toute entière enceinte, et qui elle-même attend le jour dans son enveloppe de papier Kraft éclaboussée de peinture multicolore, avec ses santons de terre et ses dromadaires enchaînés de crainte qu’ils s’égarent, avec son petit Jésus à peine langé, sur la paille, avec ce froid, et Marie qui ne le prend pas dans ses bras… Combien de sapins qu’on voudrait les plus beaux, mais qui ne supportent pas le chauffage et perdent leurs aiguilles tout au long de l’Avent, et se présentent à Noël parés de leurs seules breloques pour cacher leur nudité. Combien de prières, de miracles espérés, de cœurs serrés, de chaussons alignés, inspectés tous les soirs. Et cette confiance ambiguë quand père Noël et père Fouettard ne sont qu’un ; cette gentillesse qu’on voudrait gratuite, mais qui se teinte, oui, bien malgré soi, d’un désir de récompense. C’était l’Avent d’avant d’être grands. On n’a pas changé l’orthographe de l’après. Serait-ce «l’apprêt», «là, prêt», «là, près», quelle importance, quand «après» ne précède rien de nouveau ? Mais c’est là qu’on se trompe parce qu’«après», tout change : à force d’avoir rêvé au père Noël, il vous pousse un jour une barbe blanche dans la tête et une clochette au bout des doigts. Après, vous passez l’Avent dans les ornières du Vieillard à remplir péniblement votre hotte pour les tout-petits, jouant des coudes dans la cohue, parce que votre traîneau est loin d’être volant. Après, votre sapin ne perd plus ses aiguilles et pour cause. Après, vous ne croyez plus qu’à une chose : l’Avent, c’est l’attente d’un enfant que même les enfants attendent. Et cet enfant est Dieu parce qu’il vous dévêt de l’adulte que vous êtes et vous révèle l’innocence oubliée. Et tous les «après» sont irradiés de ce petit miracle.
Non, Monsieur Pivot, je ne ferai plus cette grande faute : tous les avants du monde s’écrivent «avant», sauf celui de Noël qui se prend un «e» parce qu’il est différent, et une majuscule parce qu’il est autrement. Dans les calendriers de notre enfance, la vie commençait le 1er décembre et le temps paraissait si long, de case en case et de fenêtre en fenêtre jusqu’à la nuit majestueuse du 24, porteuse à elle seule de toutes les promesses de la vie. Et comme ces trois semaines et trois jours progressaient lentement, lourds comme le voyage des Rois mages dans le désert, comme le ciel de décembre quand on y songe, et qu’on se demande encore d’où et comment poindra l’étoile entre les embouteillages et la pluie. Pour tromper cette attente déjà deux mille et une fois revécue, combien de graines plantées et...