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Actualités - Chronologies

Cent ans de Nobel de la paix et 250 guerres

Cent neuf lauréats de la paix et plus de 110 millions de victimes de guerre... L’année 2001 est celle du centenaire pour le prix Nobel, mais elle est aussi celle qui met fin au siècle le plus sanglant de l’histoire de l’humanité. Le XXe siècle venait de naître lorsque le premier prix Nobel de la paix fut remis conjointement au Suisse Henri Dunant et au Français Frédéric Passy, fondateurs respectifs du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de la Ligue internationale et permanente de la paix. Cent ans et 250 guerres plus tard, le prix fondé par Alfred Nobel va être remis lundi à l’Onu et à son secrétaire général Kofi Annan, tandis que la guerre fait rage en Afghanistan. Et tout le monde pensera lors des cérémonies du centenaire d’Oslo aux lauréats de 1994, le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat et le ministre des Affaires étrangères israélien Shimon Peres – ainsi que le défunt Premier ministre israélien Yitzhak Rabin –, alors que le Proche-Orient s’embrase à nouveau. «Aucun des prix de la paix attribués n’a pu nous épargner les deux guerres mondiales, les nombreuses guerres post-coloniales et les conflits religieux et ethniques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés», résume Asle Sveen, coauteur du livre Le prix Nobel de la paix : 100 ans pour la paix. Depuis 1901, quelque 110,4 millions de personnes – dont 63 millions de civils – sont mortes dans le cadre d’un conflit, selon les estimations de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) de Londres. «Si le critère de succès retenu, c’est la capacité du Nobel de la paix à mettre fin aux guerres, alors le prix est certainement un échec. Et il le restera. Retenir ce critère, ce serait croire qu’un groupe de cinq personnes (les membres du comité Nobel, ndlr) a beaucoup plus de pouvoir que le président des États-Unis lui-même», rétorque Geir Lundestad, directeur de l’Institut Nobel. Comme un microphone «Le prix doit plutôt être perçu comme un microphone, un haut-parleur pour celui qui le reçoit. Il peut aussi être une porte ouverte, une protection ou un moyen d’influencer des événements locaux», explique-t-il à l’AFP. Mais M. Lundestad en convient : le prix a connu des ratés. «Un oubli majeur, c’est le Mahatma Gandhi et, mais aussi dans une moindre mesure, les fondateurs de l’Union européenne, tels que Jean Monnet», assure-t-il, «à titre personnel». La candidature du militant indépendant – mais pacifiste – indien, retenue trois fois sur la «short list» du comité Nobel, aurait souffert des excellentes relations entre la Norvège et la Grande-Bretagne, puissance coloniale de l’Inde. Quant aux artisans de la construction européenne, ils n’ont jamais été véritablement en odeur de sainteté dans un pays qui a rejeté une adhésion à l’UE par deux fois, lors des référendums de 1972 et de 1994. Les historiens relèvent aussi l’absence «criante» du président américain Jimmy Carter, du religieux brésilien Dom Helder Camara et du leader tchécoslovaque Alexander Dubcek, ces deux derniers étant aujourd’hui décédés. Le prix ne peut être attribué à titre posthume. Le Nobel de la paix a aussi été attribué à des personnages dont le «pacifisme» laisse songeur. La décennie 1970 est à cet égard à marquer d’une pierre noire, soulignent les auteurs du livre du centenaire. En 1973, la récompense est conjointement attribuée à l’Américain Henry Kissinger, qui ordonna notamment le bombardement meurtrier du Vietnam par des B-52, et au dirigeant vietnamien Le Duc Tho. Mais ce dernier la refuse, trop occupé qu’il est à... planifier une offensive militaire contre le sud de la péninsule. L’année suivante, le prix va à l’ancien Premier ministre japonais Eisaku Sato, soupçonné de corruption et qui a un jour qualifié de «non-sens» la politique de son pays contre l’arme nucléaire. «Ce qui est surprenant, ce n’est pas qu’on ait fait des erreurs. C’est qu’on en ait fait aussi peu», réagit M. Lundestad. «Les prix Nobel les plus controversés ont aussi souvent été les meilleurs», ajoute-t-il, en prenant pour exemple la distinction en 1935 du journaliste pacifiste allemand Carl von Ossietzky, prisonnier des geôles nazies. Une initiative qui conduisit Adolf Hitler à interdire à tous ses compatriotes de recevoir le Nobel.
Cent neuf lauréats de la paix et plus de 110 millions de victimes de guerre... L’année 2001 est celle du centenaire pour le prix Nobel, mais elle est aussi celle qui met fin au siècle le plus sanglant de l’histoire de l’humanité. Le XXe siècle venait de naître lorsque le premier prix Nobel de la paix fut remis conjointement au Suisse Henri Dunant et au Français Frédéric Passy, fondateurs respectifs du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de la Ligue internationale et permanente de la paix. Cent ans et 250 guerres plus tard, le prix fondé par Alfred Nobel va être remis lundi à l’Onu et à son secrétaire général Kofi Annan, tandis que la guerre fait rage en Afghanistan. Et tout le monde pensera lors des cérémonies du centenaire d’Oslo aux lauréats de 1994, le président de l’Autorité...