Le 31 janvier 1964, les Beatles occupaient les cinq premières places du hit-parade américain, performance jamais égalée depuis, permettant aux «quatre de Liverpool» d’accéder au panthéon du rock, où ils siègent toujours trente ans après leur séparation officielle. Lorsqu’ils fondent les Beatles (jeu de mot sur «beat»/rythme et «beetle»/scarabée) début 1960, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr sont quatre petits «prolos» de Liverpool que rien ne semble signaler particulièrement. Si ce n’est une passion commune pour le rock, musique d’outre-Atlantique dont Elvis Presley est le roi incontesté. Le groupe se fait les dents dans les boîtes à strip-tease de Hambourg en Allemagne et à la Cavern, club de Liverpool où les remarque celui qui deviendra leur manager, Brian Epstein. Sous la houlette de ce dernier, ils font la tournée des maisons de disques londoniennes, signent un contrat chez Parlophone/EMI où ils rencontrent l’artisan de leur réussite artistique, l’arrangeur George Martin qui méritera ensuite le titre symbolique de «cinquième Beatle». Ce gentleman, doté d’une oreille affûtée, sait donner vie aux mélodies nées de l’imagination des géniaux autodidactes que sont Lennon et McCartney, compositeurs d’une exceptionnelle qualité. Si Love Me Do, leur premier 45 tours, n’atteint que la 17e place du hit-parade anglais fin 62, ce sera bien la dernière fois que les Beatles figurent aussi modestement dans les classements. « Tant que Lennon sera mort » En février 63, Please, Please Me atteint la première place des «charts» britanniques, une place à laquelle ils seront régulièrement abonnés pendant leurs sept années d’existence. L’avènement des Beatles coïncide avec celui de la jeunesse issue de l’immédiat après-guerre qui va connaître, et brièvement rejeter, les fastes de la société de consommation. Les Fab Four sont, avec leurs «rivaux» les Rolling Stones, les compositeurs de la bande son de l’époque. Au-delà de leur musique, ils sont aussi les porte-parole et les emblèmes d’une partie de cette jeunesse qui tente de s’affirmer en se laissant pousser les cheveux. Les «Quatre de Liverpool» doivent cette capacité à épouser leur époque à leur élément le plus charismatique, le turbulent John Lennon, qui n’hésite pas à proclamer en mars 66 que «les Beatles sont plus célèbres que Jésus-Christ». La verve et l’imagination de Lennon sont servies à merveille par le génie mélodique de McCartney, auteur en particulier – parmi quelque 1 000 compositions – de la chanson la plus diffusée à la radio au XXe siècle, Yesterday, composition qui lui est venue en rêve et dont le premier titre était très prosaïquement Scrambled Eggs (œufs brouillés). La bonhomie du batteur Ringo Starr, l’«humoriste» du groupe, et les fulgurances épisodiques du benjamin George Harrison (auteur d’une poignée de standards, dont Something) complètent cette alchimie unique de quatre personnalités. Les Beatles feront entrer le rock (qu’on appelait encore «pop music») dans l’âge adulte en produisant ce qui, trente-deux ans après sa sortie, demeure l’étalon absolu en matière de musique populaire, l’album Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Les Beatles se séparent dans l’acrimonie le 15 juin 1970, chacun se lançant dans une carrière solo. McCartney et Lennon n’auront pas eu le temps de se réconcilier lorsque ce dernier est assassiné par Mark Chapman à New York le 8 décembre 1980 alors qu’il vient de fêter ses 40 ans. Régulièrement, certains évoquaient l’événement historique que serait la reconstitution du groupe le plus célèbre de la planète avec Julian ou Sean Lennon à la place de leur père disparu. Harrison leur avait répondu : «Les Beatles ne se reformeront jamais tant que John Lennon sera mort».
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