«Gap habille la planète», prétend le slogan de cette griffe de prêt-à-porter, et le plus étonnant c’est que c’est vrai! Les produits de Gap Inc., y compris «Baby Gap» et «Gap Kids», habillent effectivement la majorité des terriens... Il y a quelque temps, le plus grand magasin de la marque en Europe s’installait à Paris au centre de la légendaire avenue des Champs-Élysées. Derrière cet empire, une dame menue, styliste toute puissante, haute d’un mètre cinquante, décide ce que des millions de terriens vont porter... Car cette personne de 45 ans est l’œil et le cerveau, la force motrice et le pilier central de l’entreprise: Lisa Schultz, cerveau bio-électronique de la gigantesque entreprise. Quatre-vingt-cinq stylistes imaginent, dessinent, inventent, analysent idées et informations, concepts et modèles non pas du présent mais de l’avenir. Puisque la réalisation de la pièce ou de l’idée plébiscitée exige de longs mois de travail. Comment arriver à détecter les tendances qui vont suivre avec une année presque d’avance? Car contrairement à la couture, les collections de ces grandes surfaces ne peuvent se préparer en moins de temps. Jouant le chef d’orchestre, la créatrice des concepts doit prévoir et concilier vogues, mode, désirs de la clientèle et considérations économiques. C’est-à-dire créer un équilibre entre actualité et futur, opérant une conciliation susceptible à fidéliser une clientèle en prévoyant ses choix tout en ménageant ses finances... La quadrature du cercle? «Nullement, répond Miss Gap, alias Lisa Schultz, il ne s’agit pas de deviner mais de bien étudier la situation pour pouvoir anticiper... Observer la foule, renifler les tendances, étudier le choix de personnes anonymes face aux étalages. Observer attentivement leurs centres d’intérêt, leurs réactions». De Tokyo à Sydney, d’Amsterdam au Brésil, Lisa Schultz parcourt le monde. «Je passe des heures aux terrasses des cafés à regarder vivre les gens. Non pas voir ce qu’ils portent mais comment ils les portent». Simplicité ne signifie pas ennui Un fait s’est inscrit en lettres d’or dans les annales de Gap: lorsque Sharon Stone, il y a quelques années, était venue assister à la soirée des Oscars portant un col roulé à manches courtes, signé Gap, créant ainsi une vraie, une grande révolution, «elle a prouvé ainsi au monde entier, commente Lisa Schultz, que la simplicité était loin d’impliquer l’ennui. Ce col roulé existait chez Gap depuis des années. La nouveauté consistait dans le fait de l’associer à une somptueuse jupe du soir... Il n’existe pas de formule magique pour le succès. Tout est question d’observation, dans mon métier surtout. En fait plus ou moins tout le monde porte du Gap. Mais pas de la même manière». «Tout le monde qui?», on aurait envie de demander... Comme si elle attendait cette question, Lisa Schultz ajoute: «Les gens qui sont sûrs d’eux-mêmes, qui ont confiance en eux. Ceux qui n’ont pas besoin d’une étiquette de marque pour ne pas se tromper...».
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