La couverture du conflit en Afghanistan par les télévisions américaines est la cible de critiques, chez les spécialistes étrangers mais également au sein même des médias américains. Le Wall Street Journal et le New York Times ont dénoncé l’analyse superficielle du conflit par les télévisons, caressant le public dans le sens du poil. «Si l’une des priorités de la guerre américaine contre le terrorisme est de maintenir une coalition unie, cela aide de savoir, sans enrobage, ce que le reste du monde pense», a écrit récemment l’une de ses journalistes, Caryn James, dans le New York Times. Lors d’un séminaire sur les médias cette semaine à Barcelone (Espagne), le rédacteur en chef de Canadian Broadcasting Corporation’s (CBC) a souligné le contraste entre la couverture télévisée de six semaines de guerre par les grandes chaînes américaines et leurs homologues européennes. «C’était comme s’il s’agissait de deux guerres différentes», a commenté Tony Burman. «La BBC britannique s’est focalisée beaucoup sur les questions humanitaires dans la région... la dimension humaine», alors que les grandes chaînes américaines NBC, ABC et CBS axaient «presque exclusivement» leurs sujets autour des conférences de presse quotidiennes du Pentagone. «Il semble qu’il y a une vraie hésitation des médias télévisés américains à parler de l’impact humain» du conflit, a estimé Tony Burman. Il a aussi relevé que le ton «non critique et hyperpatriotique» des trois principales chaînes nationales avait été sensiblement identique, ce qui est assez surprenant dans une situation de concurrence, a-t-il poursuivi. Bill Wheatley, vice-président de NBC, a balayé ces accusations : «Notre couverture de la guerre n’a pas du tout été partisane. Notre objectif était de rendre compte de l’effort de guerre américain et c’est ce que nos téléspectateurs attendaient de nous». Et de souligner que la couverture télévisée américaine doit être vue dans le contexte des attentats du 11 septembre, qui ont fait quelque 4 500 morts. Selon lui, NBC a fait plus que son devoir pour assurer une couverture la plus objective possible. «Nous n’avons pas fait l’impasse sur les dommages collatéraux (...) et tout dans la guerre n’a pas fonctionné correctement». Mais certains spectateurs mécontents se sont tournés vers des chaînes étrangères, notamment la BBC, CBC ou al-Jazira, la télévision qatariote, seule présente à Kaboul sous le régime des talibans. Parmi eux, Claire Namenko, une antiquaire de 53 ans qui habite Detroit, dans le nord des États-Unis, près du Canada, et où peuvent être captées les chaînes de ce pays. La chaîne publique canadienne CBC «est plus objective, plus complète», estime-t-elle. «Vous y entendez davantage ce que pense le reste du monde de la guerre» et moins les déclarations des fonctionnaires de l’Administration américaine. Une éventuelle hausse de l’audience des médias étrangers depuis le début du conflit le 7 octobre n’est toutefois pas mesurable, aucune de ces chaînes ne réunissant de données à ce sujet.
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