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Actualités - Analyses

Le royaume des Saoud traverse une zone de turbulences

Depuis sa fondation il y a bientôt 70 ans par le roi Abdelaziz Saoud, qui lui a donné le nom de sa lignée familiale, le royaume d’Arabie n’a sans doute jamais fait face à un avenir aussi incertain qu’aujourd’hui. La famille royale séoudienne, qui règne sans partage sur l’essentiel de la péninsule arabique et les lieux saints de la Mecque et de Médine depuis sa création à coups de sabre par les guerriers wahhabites, a été encore fragilisée par la crise internationale actuelle. Notoirement malade, à près de 80 ans, le roi Fahd fête cette semaine 20 ans de règne marqués par la modernisation du premier pays producteur de pétrole du monde et on a évoqué encore récemment sa possible abdication à cette occasion au profit de son frère le prince héritier Abdallah, 78 ans. Celui-ci est d’ores et déjà aux commandes effectives de ce pays de 20 millions d’habitants écartelé entre son islam radical wahhabite, sa structure sociale quasi féodale, d’une part, sa soif de haute technologie et sa dépendance des États-Unis en matière de sécurité, de l’autre. Mais cette succession ordonnée paraît avoir été ajournée à des jours meilleurs par la crise internationale provoquée par les attentats du 11 septembre contre New York et Washington, imputés au chef islamiste d’origine séoudienne Oussama Ben Laden, co-héritier d’une des plus grandes fortunes séoudiennes. Certes le fils prodigue a été renié par la patrie d’adoption de son père, venu du Yémen faire fortune dans le BTP, en se voyant retirer sa nationalité, mais sa «djihad» pour le départ des troupes américaines «impies» de son pays n’est pas sans écho dans les milieux religieux conservateurs du royaume. Et les réticences du régime séoudien – l’un des trois seuls au monde à avoir entretenu des relations diplomatiques avec les taliban de Kaboul jusqu’au mois de septembre – à prêter son territoire aux forces américaines pour lancer des actions en Afghanistan ont porté un coup aux relations privilégiées entre la Maison-Blanche et les princes de Ryad. Guerre contre l’islam Autant ceux-ci se sont résignés aisément à la présence de troupes occidentales sur leur territoire en 1990 parce qu’ils se sentaient visés par l’invasion de leur petit voisin koweïtien, autant ils craignent aujourd’hui la déstabilisation possible d’un alignement appuyé sur l’Occident dans un conflit perçu par les foules musulmanes comme une guerre contre l’islam. Les turbulences que traversent les dirigeants séoudiens à l’heure actuelle trouvent leurs racines dans le temps. Elles ébranlent les piliers mêmes du royaume en touchant à toutes les faiblesses de la famille régnante – économie, religion, légitimité, autorité, sécurité, estime un diplomate en poste à Ryad. Pour ce dernier, c’est la plus grave crise qu’ils aient connue, même comparée à l’attentat contre la Mecque de 1979 et à la guerre du Golfe de 1990-91. Les milieux intellectuels libéraux s’accordent avec les cercles religieux conservateurs pour critiquer l’alignement au moins verbal de Ryad sur Washington dans la guerre contre l’Afghanistan. Ce mécontentement «idéologique» vient se greffer sur des difficultés économiques – chômage en hausse et niveau de vie en baisse du fait de la stagnation des cours du brut – dans un pays qui connaît en outre les difficultés inhérentes à la présence majoritaire d’une main-d’œuvre étrangère. L’absence de transparence politique et de démocratie rend difficile d’évaluer le degré de fragilisation du régime, qu’un ex-diplomate américain ne voit pas au bord de l’effondrement, mais seulement en proie à de fortes difficultés. Ned Walker, qui dirigeant l’Institut du Moyen-Orient à Washington, note tout de même que bon nombre des pirates de l’air qui ont précipité des avions sur le World Trade Center de New York et le Pentagone étaient séoudiens. Les courants souterrains qui traversent la société séoudienne n’y sont pas étrangers mais, pour lui, il est clair que tenter d’établir un système politique à l’occidentale braquerait les dirigeants religieux traditionnels, qui se revendiquent du wahhabisme – le même à l’œuvre en Afghanistan. Le roi Fahd ne s’est jamais montré d’ailleurs partisan d’une ouverture culturelle à l’Occident. Lorsqu’elle avait été imposée avec l’apparition de la radio, de la télévision et de l’éducation mixte, dans les années 1960, cela avait provoqué un tollé des religieux. Aujourd’hui, encore, alcool et cinéma sont interdits, les femmes ne sortent pas sans le voile et n’ont pas le droit de conduire tandis que les religieux contrôlent le contenu des livres scolaires, des programmes télévisés et des publications étrangères. Six dirigeants religieux séoudiens en vue ont qualifié ouvertement de «mécréants» les complices dans le monde islamique des «infidèles» américains et britanniques en Afghanistan, en phase avec une opinion publique régionale de plus en plus fortement antioccidentale. Le prince Abdallah, conscient de la montée des sentiments antiaméricains, bien antérieure au 11 septembre, a pris l’initiative sans précédent en août de mettre en garde George Bush Jr que, faute de progrès vers un règlement au Proche-Orient, Ryad serait contraint de revoir ses relations privilégiées avec Washington. «Nous sommes à la croisée des chemins», a fait valoir Abdallah. «Il est temps pour les États-Unis et l’Arabie séoudite de prendre en compte leurs intérêts propres. Les gouvernements qui ne sentent pas le pouls de leur peuple et n’y prennent pas garde subiront le même sort que l’Iran impérial du chah». Aujourd’hui, la poursuite des bombardements américains contre l’Afghanistan durant le mois sacré du ramadan, dans quelques jours, risque de radicaliser encore l’opinion séoudienne. Aussi le régime a-t-il demandé aux imams de l’y préparer. Ceux-ci se sont exécutés, percevant Abdallah comme un dirigeant authentiquement pieux et pas particulièrement pro-américain. Pour le moment, la crise paraît contenue, mais pour combien de temps ?
Depuis sa fondation il y a bientôt 70 ans par le roi Abdelaziz Saoud, qui lui a donné le nom de sa lignée familiale, le royaume d’Arabie n’a sans doute jamais fait face à un avenir aussi incertain qu’aujourd’hui. La famille royale séoudienne, qui règne sans partage sur l’essentiel de la péninsule arabique et les lieux saints de la Mecque et de Médine depuis sa création à coups de sabre par les guerriers wahhabites, a été encore fragilisée par la crise internationale actuelle. Notoirement malade, à près de 80 ans, le roi Fahd fête cette semaine 20 ans de règne marqués par la modernisation du premier pays producteur de pétrole du monde et on a évoqué encore récemment sa possible abdication à cette occasion au profit de son frère le prince héritier Abdallah, 78 ans. Celui-ci est d’ores et déjà aux...