Les monarchies du Golfe qui ont adhéré à l’OMC peinent à profiter des avantages du libre-échange, leur principal produit exporté, le pétrole, étant exclu du système de l’organisation mondiale. L’absence jusqu’à présent de l’OMC de l’Arabie séoudite, dont l’économie représente 65 % de celle des pays arabes du Golfe réunis, empêche ces derniers de constituer un lobby pour défendre leurs intérêts au sein de l’organisation. En outre, les réticences de ces pays, notamment l’Arabie séoudite, à libéraliser pleinement leurs économies entravent l’arrivée d’investissements étrangers susceptibles de diversifier leurs sources de revenus, lourdement dépendantes du pétrole. Cinq des six membres du Conseil du coopération du Golfe (CCG), le Koweït, les Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn et le Qatar, ont rejoint l’OMC en ordre dispersé entre 1995 et 2000, mais ils attendent toujours l’adhésion de leur chef de file, l’Arabie, dont les négociations avec l’organisation traînent depuis six ans. Les autres pays du CCG comptent sur une prochaine admission du royaume, premier producteur pétrolier au monde, «pour pouvoir renégocier avec l’OMC le statut du brut, qui est considéré comme un produit stratégique», exclu du libre-échange, a-t-il dit. L’Arabie séoudite, la plus grande économie après la Chine ne faisant pas partie de l’OMC, refuse de brader son «statut unique» de gardien des lieux saints musulmans pour y adhérer, soulignant que les marchandises, les activités et les services prohibés par l’islam ne peuvent être introduits dans le royaume. Outre le pétrole, les monarchies du Golfe se plaignent de taxes élevées imposées par les principaux pays membres de l’OMC, notamment ceux de l’Union européenne (UE), sur leurs exportations de produits pétrochimiques, d’aluminium et d’acier. Selon des chiffres officiels, les échanges commerciaux entre l’UE et le CCG sont passés de 37 milliards d’euros en 1999 à 51,5 mds d’euros en 2000. Les investissements du CCG dans l’UE sont estimés à 122 mds de dollars, soit 35 % du total de ses investissements à l’étranger. Le CCG a menacé en avril de renoncer à son projet d’accord de libre-échange avec l’UE en discussion depuis 13 ans, l’accusant de ne pas prendre en considération les intérêts stratégiques des monarchies du Golfe. L’UE pose comme condition à la conclusion de l’accord la mise en place d’une union douanière entre les six pays du CCG, désormais annoncée pour 2003. L’Arabie séoudite a cependant d’ores et déjà fait savoir que la production pétrolière, l’audiovisuel et les télécommunications ne seront pas ouverts aux investissements étrangers. À la mi-octobre, les monarchies pétrolières du Golfe ont formellement décidé d’établir leur union douanière dans deux ans et d’unifier en l’an 2010 leurs monnaies, dans une tentative de former un puissant bloc économique régional. Un droit de douane commun de 5 % a été fixé sur les produits importés de pays non membres du CCG, alors que ce taux varie actuellement entre 4 % (Émirats) et 20 % (Arabie séoudite).
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